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Conférence pour la paix à Jérusalem
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« Nous croyons que la paix est possible et qu’il est temps d’agir maintenant »
Les 8 et 9 mai 2025, Jérusalem a accueilli à travers la ville le Sommet populaire pour la paix (It’s Time – The People’s Peace Summit), un événement d’envergure organisé par une coalition regroupant plus de 60 organisations de la société civile « qui œuvrent ensemble pour mettre fin au conflit israélo-palestinien par un accord politique garantissant les droits des deux peuples à l’autodétermination, à l’égalité et à un avenir libre et sûr ». (Alliance for Middle East Peace). Des milliers de personnes provenant de différents milieux se sont rassemblées pour une convention de deux jours, dans une atmosphère de désespoir grandissant tandis que le 20e mois de conflit approche. Parmi eux, des Israéliens, des Palestiniens, des Arabes, des Bédouins, des Juifs, des Musulmans, des Chrétiens, des Druzes, des figures politiques et religieuses, des universitaires, artistes, dirigeants d’ONG et défenseurs des droits humains. (Times of Israel / L’Orient-Le Jour). Il s’agit de la deuxième conférence de ce genre après les événements du 7 octobre. Le 1er juillet 2024, Tel Aviv a déjà accueilli un « Grand Événement pour la paix » (It’s Time – The Great Peace Event) rassemblant près de 6 000 participants. Toutefois, cet événement n’a pas bénéficié d'une grande visibilité médiatique en Israël. (+972) Et si Jérusalem était la solution et non le problème ? Ce sommet issu de la société civile et d’une base citoyenne se distingue à plusieurs niveaux des nombreuses initiatives diplomatiques souvent déceptives. Le choix de Jérusalem porte une symbolique très forte. Bien que la ville sainte se situe au cœur même du conflit israélo-palestinien [1], elle porte aussi en elle l’espoir d’une construction conjointe de la paix « où tous les habitants de ce pays pourront vivre librement et en sécurité ». (TimeIsNow) Le sommet avait des objectifs ambitieux : appeler à une trêve immédiate à Gaza pour faciliter la libération des derniers otages israéliens et entamer des discussions pour mettre un terme au conflit, promouvoir une solution politique stable à deux États, encourager le dialogue entre les différentes communautés et mobiliser l'opinion publique en faveur d'une paix basée sur la justice et la sécurité pour chacun (Times of Israel). Le jeudi 8 mai, des milliers de participants se sont réunis dans divers lieux de Jérusalem pour assister à des projections de films, des spectacles musicaux et à des prières interconfessionnelles. Le vendredi 9 mai, « une conférence d’une journée complète avec une large offre de discours, de panels d’experts, d’ateliers et de performances musicales au Centre international de congrès de Jérusalem (Binyanei HaUma) a attiré plus de 5 000 personnes et a été diffusée en direct dans des dizaines d’endroits en Israël et dans les grandes villes du monde entier ». (The Jerusalem Post) Le sommet a attiré une grande diversité de participants, de nombreux militants pour la paix d’organisations telles que Peace Now, Standing Together, Women Wage Peace, Mehazkim ou encore Zazim, des survivants des attaques du 7 octobre, des familles endeuillées, des anciens prisonniers, des militaires, des figures religieuses et culturelles ainsi que des intellectuels, des députés de la Knesset (Parlement de l’État d’Israël). Des personnalités politiques de premier plan telles que le président français Emmanuel Macron et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas ont adressé des messages vidéo aux participants. Ehud Olmert, ancien Premier ministre israélien, et Nasser al-Kidwa, ancien ministre palestinien des Affaires étrangères ont quant à eux présenté un plan de paix basé sur une solution à deux États avec des échanges de territoires, la fin de la guerre à Gaza et Jérusalem comme capitale des deux futurs États. (The Jerusalem Post)
Une réception mitigée Bien que l’événement ait reçu une couverture médiatique importante de la part des médias israéliens et internationaux, mettant en avant son caractère exceptionnel et l’espoir qu’il suscite, son écho au sein des médias palestiniens a été très limité, ces derniers se montrant souvent nuancés, sinon sceptiques, soulevant des réserves quant à sa portée et à son impact réel sur le terrain. Selon l’Agence Media Palestine, malgré les intentions affichées, le sommet risque d’être considéré comme une initiative de la gauche israélienne cherchant à se réhabiliter sans aborder pleinement les réalités de l’occupation et de la colonisation. (Agence Media Palestine) En outre, quelques critiques ont souligné le manque de représentation significative des Palestiniens et l’absence de débats approfondis sur des questions essentielles telles que le droit au retour des réfugiés palestiniens, la cessation de l’occupation militaire et des tueries à Gaza. Des acteurs de la société civile palestinienne ont aussi manifesté leur scepticisme, mettant en avant le besoin d’un engagement plus affirmé en faveur des droits des Palestiniens et d’une reconnaissance des injustices infligées. (Pressenza). Le faible écho rencontré en Palestine souligne non seulement l’impasse du processus de paix, mais aussi le profond sentiment d’abandon du peuple palestinien, alors même que la violence de la guerre s’aggrave, que la colonisation s’accélère et que la catastrophe humanitaire à Gaza atteint des niveaux insupportables.
[1] Israël la considère comme sa capitale « indivisible » et les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur État.
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« Suite », Maintenir les liens entre Palestiniens et Israéliens de Jérusalem
Partout dans le pays, et peut-être encore plus à Jérusalem, le choc du 7 octobre et la guerre ont « ébranlé les relations entre Juifs et Arabes ». De nombreux liens intercommunautaires se sont logiquement rompus, « la méfiance s’est accrue, les espaces communs de la ville se sont vidés et le racisme s’est intensifié ». Dans ce contexte désespérant, le journal Haaretz a décidé de mettre en lumière les actions d’une petite minorité de Palestiniens et d’Israéliens de Jérusalem qui résistent en maintenant des actions ou en initiant de nouveaux projets afin d’entretenir l’espoir de coexistence pacifique entre les communautés : parties de frisbee aux abords de la Porte de Jaffa à l’initiative d’Houssam Mousa (Frisbee on the Seam), un Palestinien du quartier de Silwan avec le soutien de l’association Kulna ; visites de Jérusalem-Est au public israélien ; temps de rencontres entre Israéliens et Palestiniens organisés notamment par l’université hébraïque de Jérusalem ; organisation de repas de rupture du jeûne pendant le mois de Ramadan ; rassemblements musicaux ; tournois de backgammon ; distribution de nourriture ; création de collectifs artistiques ; courses à pied de la « Runners Without Borders » ; cours de langue via l’association Lissan, etc. Autant d’initiatives essentielles à la construction d’un autre avenir qu’il faut soutenir et promouvoir.
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Israël ferme plusieurs écoles de l’ONU à Jérusalem-Est annexée
Le 8 mai 2025, les autorités israéliennes ont procédé à la fermeture de six écoles gérées par l’UNRWA à Jérusalem-Est, affectant entre 800 et 900 élèves palestiniens d’après les diverses sources. (WAFA, CPI, Times of Israel) Cette action fait suite à une loi adoptée par la Knesset en octobre 2024, interdisant les activités de l’UNRWA sur le territoire israélien, y compris à Jérusalem-Est, annexée par Israël en 1967. (Le Monde) Les fermetures ont été exécutées par des forces israéliennes accompagnées de fonctionnaires du ministère de l’Éducation et de la municipalité de Jérusalem. Elles ont investi les établissements, ordonnant l’évacuation immédiate des élèves et du personnel, et ont placardé des ordres de fermeture stipulant que les écoles fonctionnaient illégalement sans autorisation. (Euronews) Cette décision a suscité une vive condamnation de la part de l’UNRWA, dont le commissaire général, Philippe Lazzarini, a qualifié ces fermetures de « mépris flagrant du droit international », rappelant que ces écoles sont des locaux inviolables des Nations Unies. (WAFA) L’Autorité palestinienne et diverses organisations internationales ont également dénoncé cette mesure comme une violation du droit à l’éducation des enfants palestiniens. Israël justifie cette action en accusant l’UNRWA de promouvoir des contenus antisémites et anti-israéliens dans ses programmes éducatifs, ce que l’agence onusienne réfute. Le ministère israélien de l’Éducation a indiqué que les élèves concernés seraient réaffectés dans d'autres écoles de Jérusalem. (AP News, Haaretz)
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L’Université hébraïque de Jérusalem et la semaine des commémorations de la Nakba
Le 13 mai 2025, le ministre israélien de l’Éducation, Yoav Kisch, membre du Likoud, présidé par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, a menacé de couper le financement des universités israéliennes, notamment l’Université hébraïque de Jérusalem et l’Université de Tel Aviv, en raison de la tenue d’événements commémoratifs de la Nakba [2] sur leurs campus. Il déclare sur X que « le monde universitaire n'est pas une tribune pour inciter à la haine sous le couvert de la liberté d'expression ». (Times of Israel, L’Orient-Le jour). Ces commémorations suscitent régulièrement des tensions dans la société comme dans le monde universitaire. Le groupe étudiant « Dror », affilié au parti sioniste religieux, a adressé une lettre incendiaire au président et au recteur de l’université hébraïque exigeant l’interdiction de toute commémoration. (Israel Hayom, Israel National news). À l’inverse, des groupes d’étudiants arabes et de gauche ont organisé des rassemblements pour marquer l’anniversaire de la Nakba, soulignant l’importance de cette commémoration, surtout dans le contexte actuel du conflit à Gaza. (Times of Israel, The New Arab). Les universités concernées ont défendu le droit de leurs étudiants à la liberté d’expression, qualifiant les menaces du ministre d’illégales et sans fondement juridique. (The Jerusalem Post , The Guardian)
[2] Le terme qui signifie « catastrophe » fait référence à la fuite ou l’exil forcé d’environ 760 000 palestiniens lors de la création de l’État d’Israël en 1948.
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Les Israéliens aussi pensent à quitter Israël
Dans une précédente veille, nous évoquions les envies de départ des chrétiens arabes mais ce mouvement touche en réalité de manière bien plus profonde l’ensemble des citoyens du pays. Une récente enquête publiée par le journal Haaretz révèle que 40 % des Israéliens envisagent de quitter le pays. Cette proportion marque une augmentation significative par rapport aux années précédentes, reflétant un malaise croissant au sein de la population. (Haaretz) En 2024 déjà, 82 700 citoyens ont quitté Israël pour à peine 23 800 retours et 32 000 nouveaux arrivants, soit un solde migratoire particulièrement négatif [3]. ( i24 News). Ces chiffres records sont largement attribués à la guerre, à la politique gouvernementale, à la crise économique, ainsi qu’aux préoccupations en matière de sécurité. Face à cet avenir incertain, ceux qui résistent à la tentation du départ évoquent la peur du chômage, du déclassement ou encore du déracinement, mais aussi la volonté de combattre la politique du gouvernement et le nationalisme (Haaretz). Des raisons finalement assez comparables à celles évoquées par les chrétiens arabes.
[3] Pour les chiffres officiels, voir le Bureau central israélien des statistiques.
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Des lieux saints toujours sous tension, l’exemple du Petit Mur Occidental
Modeste partie du mur occidental, le Petit mur (en hébreu HoKotel HaKatan) est un site religieux juif situé dans un endroit peu fréquenté du quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem, près de la Porte de Fer. Ne mesurant que 5 à 6 mètres de long et enclavé dans un petit périmètre en plein air, au milieu des habitations voisines, il rappelle l’état du Mur Occidental avant la guerre des Six Jours de 1967 et la destruction du quartier maghrébin au bénéfice de la grande place actuelle. Le site est aussi considéré par les musulmans comme un lieu saint historique attenant à la mosquée Al-Aqsa, lié au Waqf, connu sous le nom de « Ribat al-Kurd » ou « Hosh Shahabi ». (Wafa, PIC). Après des années de blocages pour des considérations sécuritaires et diplomatiques, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a approuvé le lancement d’un chantier de rénovation et d’excavation le 5 mai, informant à peine quelques heures avant les travaux le gouvernement jordanien, considéré comme gardien des sanctuaires musulmans de Jérusalem. (Israel National News, Times of Israel). Cette décision a été saluée par différents groupes d’activistes d’extrême droite, notamment l’autoproclamée « Administration du Mont du Temple » pour qui le chantier est « une étape essentielle vers le renforcement de la pleine présence d’Israël sur le Mont du Temple » (JNS, Israel National news). Pour les différentes autorités palestiniennes et islamiques, ces travaux sont une violation de sacralité des lieux faisant partie « d’une politique systématique visant à encercler la mosquée Al-Aqsa avec des projets de judaïsation ». (PIC)
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Ce bulletin de veille est réalisé par l’Observatoire Pharos, observatoire du pluralisme des cultures et des religions, dans le cadre de sa mission d’étude de la situation du pluralisme à Jérusalem. Il rassemble des informations, analyses et déclarations qui ne reflètent pas systématiquement la perception de la situation par l’Observatoire Pharos, mais qui constituent des documents à intégrer dans l’analyse. Les destinataires, partenaires de l’Observatoire Pharos, sont invités à contribuer à la qualité de cette veille par le partage de toutes informations utiles et diffusables. Notre méthodologie et nos engagements concernant cette veille sont disponibles dans le document ci-dessous.
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