Visite de Trump à Jérusalem ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­ ͏ ‌     ­
 
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VEILLE PHAROS / JÉRUSALEM
13 novembre 2025
 
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Gaza, reconnaissances et fragile cessez-le-feu : rapide aperçu d’un automne peut-être déterminant

Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, le 7 octobre 2023, la région est profondément meurtrie par un conflit d’une violence extrême. L’attaque terroriste du Hamas contre Israël, marquée par la mort de 1 219 personnes, majoritairement des civils, et la prise en otage de 251 personnes (chiffres cités par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères), a provoqué une riposte militaire massive entraînant des dizaines de milliers de victimes civiles, des destructions considérables, un effondrement presque total des infrastructures vitales et une crise humanitaire sans précédent à Gaza. Après deux ans de guerre, l’été 2025 marque un tournant diplomatique majeur, la communauté internationale redouble d’efforts pour obtenir un cessez-le-feu durable et avancer vers la reconnaissance officielle de l’État de Palestine.

Le 15 juillet 2025, la France tente de relancer le débat sur la paix en annonçant la tenue d’une conférence internationale à New York, en collaboration avec l’Arabie saoudite, destinée à poser les bases d’une solution politique durable et à préparer la reconnaissance d’un État palestinien par plusieurs pays (Haaretz). Quelques jours plus tard, le 24 juillet, le président Emmanuel Macron déclare publiquement que la France reconnaîtra l’État de Palestine lors de la prochaine session de l’Assemblée générale des Nations Unies, prévue à l’automne (Vie publique). Neuf autres pays s’associent à l’initiative française : l’Andorre, l’Australie, la Belgique, le Canada, le Luxembourg, le Portugal, Malte, le Royaume-Uni et Saint-Marin (Le Monde). Ces annonces s’inscrivent dans un contexte d’urgence humanitaire et de pressions internationales croissantes pour un arrêt des hostilités.

Du 28 au 30 juillet 2025, la France et l’Arabie saoudite coprésident à New York, sous l’égide de l’ONU, la conférence sur le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution à deux États. Les participants adoptent la « Déclaration de New York », condamnent « toutes les attaques contre des civils, par toute partie au conflit » et appellent entre autres à un cessez-le-feu immédiat, à la libération des otages israéliens encore détenus par le Hamas, et à la mise en place d’un processus politique menant à la création d’un État palestinien viable. La déclaration de « New York » est adoptée officiellement par 142 États le 12 septembre. Quelques jours plus tard, le 22, plusieurs pays, dont la France, annoncent formellement leur reconnaissance de l’État de Palestine (Élysée), un geste salué comme un pas historique vers la légitimation internationale du peuple palestinien. « Avec la nouvelle vague de reconnaissances, ce sont 80 % des États membres de l’ONU et quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité qui reconnaissent désormais l’État palestinien. Parmi les principaux pays hésitants ou récalcitrants figurent les États-Unis – allié indéfectible d’Israël –, l’Allemagne, l’Italie et le Japon ». (Courrier international)

Sur le terrain, les négociations de cessez-le-feu connaissent également des avancées. Le président américain, Donald Trump, annonce le 29 septembre un plan de paix pour Gaza en 20 points spécifiques (Haaretz). Après de longs pourparlers menés par le Qatar, l’Égypte et les États-Unis, un accord est conclu le 9 octobre 2025 entre Israël et le Hamas. Cet accord prévoit l’arrêt progressif des opérations militaires israéliennes, l’accès humanitaire renforcé à Gaza, ainsi que la libération en plusieurs vagues des otages israéliens. (The Times of Israel) Enfin, le 13 octobre 2025, un « sommet pour la paix à Gaza » se tient à Sharm el-Sheikh, en Égypte, coprésidé par le président Trump et son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi. Réunissant une vingtaine de chefs d’État, ce sommet vise à transformer le cessez-le-feu en accord durable, à coordonner la reconstruction de Gaza, et à poser les bases d’un dialogue politique global entre Israéliens et Palestiniens. (Le Monde)

Si le sommet de Sharm el-Sheikh marque un moment important et prometteur, il ne garantit aucune paix durable. Les parties principales du conflit n’étant pas pleinement impliquées, de nombreuses divergences sur des points clés persistent (gouvernance de Gaza, rôle du Hamas, désarmement, frontières, souveraineté palestinienne, etc.) tandis que le contexte humanitaire et matériel demeure extrêmement difficile dans l’enclave palestinienne. En l’absence de mécanismes solides de contrôle, le cessez-le-feu pourrait être violé ou ne pas conduire à une véritable paix tant espérée.

 
 

FOCUS

 
 
Trump à Jérusalem, une visite historique symbole d’une fracture démocratique
 
 


Le 13 octobre, le président américain Donald Trump a été accueilli en héros par une partie de la population israélienne. Considéré comme le grand artisan de la paix au Proche-Orient, il a été longuement ovationné à la Knesset, le parlement israélien, au moment même où les derniers otages détenus depuis le 7 octobre 2023 étaient libérés. (Euronews) Le président américain s’est alors délecté des louanges du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, le qualifiant de « plus grand ami qu’Israël n’ait jamais eu à la Maison-Blanche » et du président du Parlement israélien, Amir Ohana, pour qui Trump est « un géant de l’histoire juive » dont le peuple juif se souviendra pendant « des milliers d’années ». Dans l’auditoire, certaines personnes présentes arboraient même fièrement les fameuses casquettes rouges du mouvement MAGA (Make America Great Again) avec l’inscription « Trump, the peace President ». (The New York Times). Lors de son discours, le président américain « a alterné entre le récit de sa propre grandeur et des louanges des responsables israéliens ». (Courrier international). Mais derrière le discours triomphant, la fanfare et les ovations « répétées des ministres israéliens et du public présent » (The Jerusalem Post), se cache une autre réalité qui interroge l’état de la démocratie israélienne. 

Appel à l’amnistie pour Benjamin Netanyahu

Lors de ce discours fleuve « historique », le président américain a tenu à féliciter Benyamin Netanyahou, qui, selon lui, « a été le président le plus capable et compétent en temps de guerre », « un homme populaire » qui sait « comment gagner ». Donald Trump « a choqué la chambre » en suggérant au président israélien, Isaac Herzog (ancien dirigeant du Parti travailliste israélien est président de l’État d’Israël depuis juillet 202), une amnistie pour le Premier ministre de l’État hébreu empêtré dans des affaires de corruption, de fraudes et d’abus de confiance [1]. À cette proposition, les députés de la coalition scandaient « Bibi ! Bibi ! » (surnom donné au premier ministre israélien) alors même qu’elle constitue une grave ingérence dans les affaires d’un pays souverain et remet en question l’indépendance de la justice. (Haaretz

Expulsion d’opposants de gauche

Ce moment de ferveur théâtralisée a été cependant interrompu quelques instants par l’expulsion de deux députés de la liste commune judéo-arabe de gauche, Ayman Odeh (avocat arabe israélien, député et dirigeant du parti Hadash, « Front démocratique pour la paix et l’égalité ») et Ofer Cassif (universitaire israélien, député membre du parti Hadash) pour avoir brandi des pancartes appelant à la reconnaissance de la Palestine (« Recognize Palestine »). Ofer Cassif est un des rares députés juifs de la Knesset à militer ouvertement pour la solution à deux États. Il y a quelques mois, Ayman Odeh a pour sa part échappé de justesse à une mesure de destitution de la Knesset, après avoir été accusé par la droite et l’extrême droite israélienne de soutien à la lutte armée contre l’État hébreu pour des propos appelant les peuples à « s’émanciper du joug de l’occupation ». (Le Monde)


Des absences qui questionnent la démocratie 

Lors de cet événement, pourtant jugé historique, le président de la Knesset, Amir Ohana, du parti Likoud du premier ministre Benjamin Netanyahu, a décidé de ne pas inviter le président de la Cour Suprême israélienne, Yitzhak Amit, ni le procureur général, Gali Baharav-Miara.  Cette décision hautement politique intervient alors même que le gouvernement Netanyahu tente de saper depuis plusieurs mois la légitimité du pouvoir judiciaire israélien. « L’exclusion du chef du pouvoir judiciaire – l’un des sept symboles du gouvernement – ​​était particulièrement visible, aux côtés de la présence d’Ohana, chef du pouvoir législatif, et de Netanyahou, chef du pouvoir exécutif. » (Haaretz) Ces absences mettent en lumière un conflit profond entre le gouvernement et le pouvoir judiciaire. En février, déjà, le premier ministre et son ministre de la Justice, n’avaient pas jugé utile d’être présents à la cérémonie d’investiture du nouveau président de la Cour Suprême, une première dans l’histoire, tandis que des militants d’extrême droite organisaient des manifestations devant la résidence présidentielle pour protester contre sa nomination. De son côté, Baharav-Miara, figure emblématique de « l’indépendance de la justice » et de la critique du pouvoir exécutif exercé par Benyamin Netanyahou, a été destituée une seconde fois lors d’une réunion extraordinaire du gouvernement au mois d’août (Le 23 mars 2025, le gouvernement israélien a voté à l’unanimité une motion de défiance pour la destituer). (TV5 monde) Malgré le blocage rapide de la Cour suprême, la coalition gouvernementale la considère comme démise de ses fonctions et refuse ses prérogatives. (Times of Israël) Pour Amit Becher, président du Barreau israélien « Le boycott continu du président de la Cour suprême, même en ce jour historique, est indéniablement consenti par Netanyahou. Ce boycott honteux ne vise pas seulement le président Amit, symbole du gouvernement, mais l’ensemble du système judiciaire et, de fait, la démocratie israélienne. » (Haaretz)

Les attaques répétées contre le pouvoir judiciaire et l’opposition politique en Israël comme aux États-Unis fragilisent les fondements démocratiques de ces nations. Elles remettent en cause la séparation des pouvoirs, pilier essentiel de l’État de droit alors que la polarisation politique croissante alimente la méfiance des citoyens envers les institutions. Préserver l’indépendance de la justice et le respect du pluralisme politique demeure crucial pour garantir la stabilité démocratique.

[1] Son procès débuté en mai 2020 a été interrompu par la guerre dans la bande de Gaza et Benjamin Netanyahou a déposé plusieurs demandes de report en invoquant les hostilités déclenchées par le Hamas le 7 octobre 2023. Notons par ailleurs que le premier ministre israélien est aussi visé par un mandat d’arrêt international émis par la Cour Pénale Internationale (CPI) depuis novembre 2024. 

 
 

« Suite », le Patriarcat arménien de Jérusalem menacé lui aussi de saisie de ses biens.

À l’instar du Patriarcat grec-orthodoxe, le Patriarcat orthodoxe arménien fait lui aussi face à une possible saisie et mise aux enchères de ses biens immobiliers à Jérusalem en raison d’une dette fiscale de l’Arnona (impôt local équivalent à une taxe d’habitation sur les logements ou à une taxe professionnelle sur les entreprises). Au mois de février 2025, les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem ont publié une déclaration de solidarité avec le Patriarcat arménien orthodoxe de Jérusalem alors l’objet d'une audience devant les tribunaux israéliens au sujet d'une ordonnance de saisie immobilière émise par la municipalité de Jérusalem. Ils jugeaient alors ces mesures à son encontre, « juridiquement douteuses et moralement inacceptables » et appelaient le gouvernement à suspendre immédiatement les procédures judiciaires. Le 26 septembre dernier, ils ont unanimement renouvelé cet appel. (lpj)

Lors de l’audience au tribunal initialement prévue en février et reportée au 29 septembre, le juge président a « décidé que les deux parties devaient parvenir à un accord de règlement avant le 30 novembre 2025 ». (Life Site) Ainsi, si le Patriarcat arménien ne parvient pas à un accord de règlement avec la municipalité de Jérusalem, la ville pourra alors saisir les propriétés immobilières appartenant au Patriarcat et les mettre aux enchères. Pour de nombreux chrétiens de la Ville Sainte, « Israël mène une offensive fiscale contre la présence chrétienne de Jérusalem, mettant en danger sa survie même ». (Kegham Balima, X)

 
 

EN BREF

 
 

Expansion de routes et infrastructure pour les colonies près de Jérusalem et en Cisjordanie

« Alors que le président américain Donald Trump annonçait cette semaine un plan pour mettre fin à la guerre de Gaza et suggérait une voie possible vers un État palestinien, Ashraf Samara, en Cisjordanie occupée par Israël, regardait les bulldozers autour de son village contribuer à enterrer ses espoirs d’un État ». (Reuters)

Depuis quelques mois, le gouvernement israélien réalise d’importants travaux d’infrastructure autour de Jérusalem, notamment l’élargissement de routes et la construction de nouvelles voies reliant les colonies de Cisjordanie. Des bulldozers ont été observés près de Maale Adumim, Abu Dis et Khan al-Ahmar, zones situées dans le périmètre du projet controversé E1, (Courrier International) Pour rappel, il s'agit d'un projet d’expansion colonial israélien sur un territoire de 12km2 près de Jérusalem-est en Cisjordanie occupé annoncé depuis 2012. Ces aménagements visent à connecter Jérusalem aux grands blocs de colonies israéliennes, tout en réduisant les accès directs des localités palestiniennes voisines. Les autorités israéliennes présentent ces chantiers comme des mesures de développement civil et de sécurité routière. (The Jerusalem Post) De nombreuses ONG israéliennes et internationales y voient une stratégie d’ancrage territorial destinée à consolider la présence israélienne en Cisjordanie. Le projet E1, longtemps gelé sous pression diplomatique, risquerait de couper la Cisjordanie en deux zones distinctes compromettant ainsi la continuité territoriale d’un futur État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale.

Les pays membres de l’Union européenne (France Diplomatie) et l’ONU ont rappelé que toute expansion coloniale dans les territoires occupés est illégale et appelaient à l’arrêt immédiat de ces travaux. (ONU)  Sur le terrain, les habitants palestiniens d’Abu Dis et de Khan al-Ahmar font état de restrictions accrues et de pertes de terres. Des ONG comme Peace Now et B’Tselem alertent sur la rapidité du chantier et son impact irréversible. Ces transformations modifient profondément la géographie de la région et renforcent l’emprise israélienne sur les abords est et sud de Jérusalem. Leur portée dépasse le cadre local : elles redessinent les frontières futures entre Israël et la Palestine.

 
 

Les chrétiens de Terre Sainte dénoncent les mensonges de Netanyahou

Le maintien de la présence chrétienne en Terre Saine est une question hautement politique utilisée à des fins propagandistes par le gouvernement israélien. Le 26 septembre 2025, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou a accusé l’Autorité palestinienne de « rémunérer et glorifier les assassins de juifs mais aussi ceux qui tuent des chrétiens ». Netanyahou lui a attribué notamment le déclin de la présence chrétienne en Cisjordanie : « à l’époque où Bethléem, la ville natale de Jésus, était sous contrôle israélien, 80 % de ses habitants étaient chrétiens. Mais depuis que l’Autorité palestinienne en a pris le contrôle, ce chiffre est tombé à moins de 20 % » (Times of Israel). 

Indignés, les représentants chrétiens se sont empressés de répondre à ce qu’ils considèrent comme un « mensonge flagrant ». Le communiqué du groupe « Une Voix de Jérusalem pour la Justice » (groupe œcuménique composé de patriarches et chefs d’église chrétiennes de Terre Sainte) affirme quant à lui que « la raison pour laquelle les chrétiens et beaucoup d’autres quittent Bethléem est l’occupation israélienne et ses politiques de fermeture, de permis, de droits de résidence exclusifs, etc., et non les politiques de l’Autorité palestinienne ». (Social Justice and Ecology Secretariat / A Jerusalem Voice for Justice). Dans les faits, l’exode des chrétiens ne touche pas uniquement la Cisjordanie, comme le montrent les enquêtes du Rossing Center (voir veille précédente), les chrétiens palestiniens vivant en Israël sont aussi nombreux à envisager un départ. 

« En définitive, les réactions chrétiennes à l’ONU soulignent la même conviction : les causes de l’exode des chrétiens ne se trouvent pas dans la gouvernance palestinienne mais dans les politiques israéliennes. À Bethléem, comme dans le reste de la Cisjordanie et à Jérusalem-Est, ce sont le mur, les colons et l’asphyxie économique qui poussent familles et jeunes générations à chercher un avenir ailleurs. La réponse palestinienne aux propos de Netanyahou n’est donc pas seulement un démenti : c’est aussi un cri d’alarme. Si rien ne change, l’hémorragie démographique risque de s’accélérer ». (Terre Sainte Magazine)

 
 

Souccot, fête sous tension

Cinq jours après Kippour (jour du Grand Pardon), Souccot, « Fête des Cabanes », est l’une des trois fêtes de pèlerinage à Jérusalem prescrites par la Torah. Au cours de cette fête, les fidèles commémorent les années passées dans le désert lors de l’Exode sous la protection divine mais aussi la fin du cycle agricole annuel. Dans le désert, les Hébreux vivaient dans des tentes, et c'est la raison pour laquelle, à l’occasion de cette fête, des cabanes sont encore érigées dans les jardins, sur les balcons ou encore sur les toits et sont souvent couvertes de végétaux pour maintenir le caractère agricole de la fête. Les croyants sont invités à y recevoir et à y manger au moins une fois par jour. (Judaïsme en mouvement)

Dans le contexte actuel, les fêtes de Souccot qui ont débuté le 6 octobre dernier, sont placées sous haute surveillance Les forces israéliennes ont renforcé les restrictions de déplacement dans la ville, ont installé de nombreux points de contrôle autour de la vieille ville et sécurisé l’entrée des fidèles. En plus de ces nombreuses restrictions imposées à la population, ces fêtes sont l’occasion de démonstrations de force de l’extrême-droite israélienne, vécues comme de véritables provocations. (WAFA) Le 7 octobre par exemple, Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale d'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur le site d'Al-Aqsa / Mont du Temple [1] pour prier et a appelé à une « victoire totale » à Gaza. Depuis le début des fêtes, de nombreux colons israéliens organisent régulièrement des visites sur l’Esplanade des mosquées sous la haute protection de la police afin d’y prier et porter des offrandes végétales. Selon les députés de l’opposition en Israël, ces provocations cherchent « à saboter les négociations visant à libérer les otages et à mettre fin à la guerre » et sont vivement critiqués par plusieurs d’entre eux. (Haaretz)

[1] Pour rappel, Le site d'Al-Aqsa, situé dans la Vieille Ville de Jérusalem, est le troisième lieu saint de l'islam et le plus sacré du judaïsme. En vertu d'un accord fragile d’un « statu quo », le site est géré par une fondation religieuse jordanienne et si les Juifs peuvent le visiter, ils n'y sont pas autorisés à prier.

 
 

Les chrétiens évangéliques au soutien d’Israël 

Début octobre, plus de 1 400 chrétiens évangéliques se sont rassemblés à Jérusalem pour manifester leur soutien à Israël et à la paix à l’occasion des fêtes de Souccot. L’événement était organisé par l’Ambassade chrétienne internationale. Fondée en 1980, cette organisation « représente les chrétiens du monde entier qui soutiennent Israël et sont solidaires du profond attachement du peuple juif à Jérusalem », animée d’une vision prophétique et biblique. (ICEJ) Rappelons que pour les sionistes chrétiens, la création de l'État d’Israël en 1948 est dans la lignée des prophéties bibliques et prépare le retour du Christ. Le soutien à Israël est donc à la fois perçu comme une responsabilité morale et une vocation spirituelle

Ce rassemblement a coïncidé avec l’annonce d’un cessez-le-feu et la libération anticipée des otages, suscitant à la fois joie et réflexion parmi les participants qui venaient de plus de 60 pays, dont d'importantes délégations des États-Unis, de Finlande, des Fidji et du Canada. Ces événements ont rassemblé des centaines de personnes lors d’une marche dans un parc municipal ainsi qu’au Palais des congrès de Jérusalem. (AP News) Le soutien évangélique, notamment nord-américain et européen, continue de jouer un rôle important dans le paysage diplomatique israélien. Alors que plusieurs gouvernements ont récemment reconnu un État palestinien et que l’opinion publique a largement évolué face au conflit à Gaza, les groupes sionistes chrétiens réaffirment leur solidarité et exhortent les gouvernements à maintenir leurs liens avec Israël.

Le Président israélien, Isaac Herzog et son épouse Michal ont, par ailleurs, reçu ce mercredi, à la résidence présidentielle de Jérusalem, une délégation de 70 influenceurs évangéliques et pro-israéliens venus du monde entier. Ensemble, ils cumulent plus de 300 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux — une force médiatique que le chef de l’État a qualifiée de « voix essentielles dans la bataille mondiale pour la vérité ». La délégation a été constituée par l’association Eagle’s Wings, fondée par Robert Stearns, figure majeure du soutien évangélique à Israël et cofondateur de la Journée annuelle de prière pour la paix de Jérusalem, un des plus grands événements du sionisme chrétien international. (ISRAJ / The Jerusalem Post)

 
 

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