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Perquisition dans une librairie palestinienne à Jérusalem-Est : Une atteinte à la culture palestinienne ?
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NDLR : Cette veille traite d'une actualité des mois de février et mars. Cette démarche reflète notre volonté de prendre du recul sur les informations et de les analyser avant de les partager. Le rythme de publication sera mensuel.
Le dimanche 9 février, la police israélienne a mené des perquisitions dans deux succursales de l’« Educational Bookshop », une librairie palestinienne renommée de Jérusalem-Est, et arrêté ses propriétaires, Mahmoud et Ahmed Muna, accusés de vendre des ouvrages contenant des appels à la haine et soutenant le terrorisme. Ces arrestations ont suscité une vague d'indignation tant au niveau local qu’international et de nombreuses manifestations de soutien. Cette affaire, largement relayée par les médias israéliens ainsi qu’à l’étranger, soulève des questions fondamentales sur la liberté d’expression, la culture et l’identité palestiniennes dans un contexte de tensions persistantes à Jérusalem-Est, marqué par des arrestations de militants, des fermetures d’organisations culturelles, une pression accrue sur la population locale et une dynamique de colonisation. Le contexte de la perquisition Invoquant un trouble à l’ordre public, les forces de l’ordre ont justifié leur intervention en affirmant que certains ouvrages disponibles étaient « provocateurs » (Timesofisrael, Haaretz). Fondée en 1984, la librairie composée de deux établissements sur Salah Eddin Street est une librairie réputée du Moyen-Orient, spécialisée dans la culture moyen-orientale et le conflit israélo-palestinien. Elle attire un large public, allant des journalistes, chercheurs ou diplomates, aux lecteurs de toutes confessions et touristes de passage (Courrier International). Elle sert également de lieu d’échange culturel et accueille divers événements publics (lancements de livres, conférences, projections, etc.). Lors de cette perquisition, de nombreux livres sont confisqués, d’autres vandalisés et le propriétaire Mahmoud Muna et son neveu Ahmed Muna, ont été arrêtés. Les livres en arabe ou arborant un drapeau palestinien sont particulièrement ciblés ainsi qu’un livre de coloriage intitulé « From the River to the Sea », de l’auteur sud-africain Nathi Ngubane. La police estime que son titre très controversé remet en cause l’existence de l’État d’Israël et incite à la violence (+972 Magazine) en glorifiant l’Intifada et la Nakba (All Israel News). Ces accusations sont largement reprises par les internautes de la droite et de l’extrême droite israélienne sur les réseaux sociaux. Après deux jours de détention, Mahmoud et Ahmed Muna ont été libérés et placés en résidence surveillée pendant cinq jours, avec l'interdiction de retourner dans leur librairie pendant 20 jours. La semaine précédente, une autre librairie de la vieille ville de Jérusalem a été fermée pour une durée de 30 jours et le propriétaire arrêté pour avoir vendu des livres au « contenu incitatif » soutenant le Hamas, le Hezbollah et l’État islamique, d’après la police israélienne (Nbcnews). Réactions et critiques La perquisition et les arrestations ont suscité immédiatement une vague d’indignation. Militants des droits de l’Homme et antigouvernementaux, personnalités politiques de la gauche israélienne, représentants consulaires, écrivains et clients réguliers, se sont notamment rassemblés devant le tribunal de Jérusalem pour marquer leur soutien. Dès l’après-midi, de nombreuses personnalités ainsi que des anonymes se sont aussi rendus dans la librairie. Pour le leader arabe israélien, Ayman Odeh, cette perquisition « reflète une volonté des autorités israéliennes d’effacer l’existence même de la nation palestinienne ». De son côté, Nathan Thrall, écrivain israélo-américain et lauréat du prix Pulitzer 2023, considère ces arrestations comme la « continuité des actions entreprises par Israël pour écraser la vie des Palestiniens, et empêcher leur indépendance », ajoutant qu’« il faut vraiment qu’une idéologie soit faible pour être menacée par un mot, en l’occurrence, le mot “Palestine”, déterminateur commun de la plupart des livres confisqués » (AFP/Chloé Rouveyrolles-Bazire). Les différentes délégations européennes ont également exprimé leur vive inquiétude et exigé la libération des libraires (X/France à Jérusalem / X/Francesca Albanese). La presse israélienne de gauche a vivement critiqué cette perquisition, qualifiant le raid policier de véritable démonstration fasciste (Haaretz). Un symbole des tensions à Jérusalem-Est ? Pour les Palestiniens et de nombreux observateurs, ces perquisitions ne sont pas uniquement une affaire de sécurité intérieure, elles ont eu lieu dans un contexte de montée des tensions en raison de la colonisation israélienne croissante et des restrictions imposées aux Palestiniens. L’affaire de l’« Educational Bookshop » s’inscrit dans une politique plus globale de répression à l’égard d’artistes, militants, institutions et organisations culturelles. Pour Ehab Bessaiso, universitaire palestinien, cette affaire n’est qu’un cas parmi tant d’autres « visant à anéantir la pratique légitime des Palestiniens d’exprimer leur identité, leurs idées et leurs pensées, qui soutiennent leurs droits à la justice et à la liberté » (palestine-studies). Le gouvernement israélien est accusé de vouloir imposer son contrôle sur la narration historique et de tenter de marginaliser la mémoire collective et la culture palestiniennes, qui font preuve d’une remarquable résilience. Cette volonté politique se traduit par une série de décisions arbitraires dont la fréquence ne cesse d’augmenter : censure et restrictions d’accès aux ouvrages, films et documentaires palestiniens ou favorables à la cause palestinienne ; fermetures d’institutions culturelles ; interdiction de festivals, concerts et événements culturels ; coupes budgétaires ; censure radiophonique et même interruption de mariages. À travers cette perquisition, le gouvernement israélien s’attaque à un symbole universel de résistance face à l’effacement culturel et à l’oppression, qui permet aux peuples de préserver leur identité, de revendiquer leur histoire et de les transmettre aux générations présentes et futures.
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Nouvelle interpellation à l’« Educational Bookshop »
Le 11 mars 2025, à peine un mois après une première perquisition, la librairie « Educational Bookshop » a de nouveau été perquisitionnée par la police israélienne et l’un de ses propriétaires, Imad Muna, arrêté. La police a confisqué environ 50 livres. Contrairement à la première perquisition, aucun mandat n’a été présenté, ce qui a immédiatement soulevé des questions juridiques et des accusations d’abus de pouvoir. Après quelques heures de détention, Imad Muna a été libéré sans inculpation. La majorité des livres saisis ont été rendus, à l’exception de trois ouvrages dont les titres n’ont pas été précisés. L’absence de charges officielles a alimenté les soupçons d’une action visant avant tout à intimider et restreindre la diffusion de certaines idées plutôt qu’à répondre à une réelle menace.
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Le Patriarcat arménien menacé de saisie immobilière
En février 2025, la municipalité de Jérusalem a émis un ordre de confiscation, avec menace de vente aux enchères de biens immobiliers appartenant au Patriarcat arménien en raison d’une dette fiscale « astronomique », liée à la taxe « arnona », taxe contestée par l’ensemble des Églises de Terre Sainte. Instaurée sous le mandat britannique en 1934 puis adoptée et modifiée par l’État d’Israël, elle constitue la principale source de revenus des municipalités israéliennes et touche les occupants d’un bien immobilier, qu’ils soient locataires ou propriétaires, particuliers ou professionnels, à l’exception des biens cultuels. « L’affaire dépasse largement la communauté arménienne (et) pose la question de la viabilité à long terme des institutions chrétiennes en Terre Sainte » (Terre sainte magazine). Dans un contexte de fortes tensions pour l’ensemble des communautés religieuses, cette politique pour le moins agressive de la municipalité de Jérusalem est perçue comme une menace pour la présence chrétienne susceptible d’établir « un précédent juridique dangereux qui pourrait légitimer l’expropriation des droits de propriété et la liquidation involontaire des biens appartenant aux institutions et communautés religieuses chrétiennes en Israël » (Patriarchs and Heads of Local Churches of Jerusalem). Certaines voix dénoncent d’ailleurs à demi-mot, un nouvel exemple de la judaïsation méthodique de Jérusalem-Est.
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Restriction d’accès à l’esplanade des Mosquées
Le gouvernement israélien a approuvé début mars une recommandation de sécurité visant à n’autoriser qu’un nombre limité de fidèles de Cisjordanie à entrer à Al-Aqsa, faisant suite aux mêmes mesures restrictives imposées l’année dernière. De nombreux soldats israéliens ont ainsi été déployés à Jérusalem-Est en prévision du Ramadan et les autorités israéliennes ont augmenté le nombre de points de contrôle afin de refouler les fidèles qui ne détiennent pas d’autorisation spéciale. Les restrictions se durcissent à nouveau pour les Palestiniens de la Cisjordanie qui tentent de se rendre à Jérusalem : seuls les hommes âgés de 55 ans et plus, les femmes de 50 ans et plus, ainsi que les enfants de moins de 12 ans en provenance de Cisjordanie occupée seront autorisés à entrer dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa les vendredis du mois sacré. Ces personnes devront également subir des contrôles de sécurité. En revanche, les citoyens arabes israéliens ne devraient pas être soumis à ces restrictions.
Pour certains Palestiniens, cette décision marque une nouvelle escalade significative des violations continues du gouvernement israélien contre les lieux saints musulmans, et de ses efforts pour asseoir son contrôle sur ce lieu saint en réduisant significativement le nombre de fidèles autorisés à y accéder.
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Accélération de la colonisation et nouvelles constructions israéliennes à Jérusalem-est
Malgré les condamnations répétées de la communauté internationale et les oppositions locales, le gouvernement israélien poursuit son ambitieux contrôle de Jérusalem-Est en approuvant une série de nouvelles constructions et expulsions de familles palestiniennes. Début février, The Times of Israel annonçait le lancement d’un projet de l’autorité du développement de Jérusalem prévoyant la construction de plus de 300 appartements dans le quartier de Sheikh Jarrah, soit l’équivalent d’une quinzaine d’immeubles. Pour justifier cette décision, les autorités israéliennes ont indiqué que les terrains sur lesquels se trouvent les maisons actuelles, ont été acquis par des familles juives à la fin du 19ᵉ siècle et ont été ensuite confisqués par la Jordanie après la Guerre d’Indépendance de 1948. Ces dernières semaines plusieurs médias palestiniens et moyen-orientaux s’inquiètent de l’adoption de projets similaires à Sur Baher et Jabal Al-Mukaber avec la construction de plus de 1 000 nouvelles unités de logement, de zones commerciales, de centres communautaires, d’écoles et de synagogues. Le média +972 magazine, quant à lui, met en évidence la multiplication alarmante des démolitions de maisons palestiniennes à Jérusalem au profit de projets de colonisation établissant ainsi de nouveaux records en 2024 et pour 2025. Pour les organisations de défense des droits civiques, ces projets de constructions sont discriminatoires et ne connaissent aucun équivalent pour la population palestinienne, « les approbations de projets de logements palestiniens à Jérusalem-Est étant quasiment inexistantes ». Selon Aviv Tatarsky (Ir-Amim), ils s’inscrivent « dans le cadre d’une politique raciste générale qui vise la suprématie juive et l’éviction des Palestiniens de Jérusalem ».
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Nouvelle démonstration antichrétienne dans la vieille ville de Jérusalem
Fin février, un groupe de huit personnes a été arrêté pour avoir craché sur une église de la vieille ville de Jérusalem. Ce groupe composé d’adultes et de mineurs était présent à Jérusalem pour célébrer le début du mois hébreu d’Adar. Deux d’entre eux ont par ailleurs déjà été arrêtés en début d’année pour des faits similaires à l’encontre d’un prêtre. Les autorités israéliennes ont dénoncé ces attaques perpétrées par des éléments marginaux de la communauté ultra-orthodoxe et signifié qu’elles ne toléraient « aucune expression de haine envers qui que ce soit, chrétiens, juifs ou musulmans, dans la vieille ville ou ailleurs à Jérusalem » (Dvir Tamim, de la police du district de Jérusalem). Néanmoins, ce type de violence n’est malheureusement pas nouveau et connaît une recrudescence inquiétante ces dernières années à l’encontre du clergé, des fidèles, des pèlerins et des lieux de culte : crachats, harcèlement verbal et physique, attaques violentes, profanation de tombes, dommages matériels, perturbations des liturgies, etc. Elles témoignent d’une exacerbation des tensions religieuses entre les différentes communautés de Jérusalem dans un contexte toujours plus brûlant. Dans son rapport publié en 2024, le Rossing Center for Education and Dialogue, organisation interreligieuse installée à Jérusalem a corrélé l’augmentation inquiétante des attaques contre les chrétiens, majoritairement commis par de jeunes hommes sionistes religieux et ultranationalistes, le glissement vers l’extrême droite d’une partie de la population israélienne et l’accent mis sur Israël en tant qu’État pour la population juive. Dans ses conclusions, le collectif appelait à lutter contre cette escalade par « une approche globale impliquant la condamnation par l’État et les autorités religieuses, l’application de la loi, l’éducation, l’implication des communautés, l’engagement des médias et la sensibilisation de la communauté internationale » (Rapport Rossing Center 2024). Malgré les condamnations répétées de nombreuses personnalités juives, ces actes très violents sont favorisés par une sorte d’impunité liée à l’arrivée au gouvernement de partis suprémacistes et connaissent des pics durant les fêtes religieuses juives.
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Fragments de guerre, France TV, 2025 Femmes du 7 octobre, France TV, 2025 L'Annonce, Pierre Assouline, Gallimard
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Ce bulletin de veille est réalisé par l’Observatoire Pharos, observatoire du pluralisme des cultures et des religions, dans le cadre de sa mission d’étude de la situation du pluralisme à Jérusalem. Il rassemble des informations, analyses et déclarations qui ne reflètent pas systématiquement la perception de la situation par l’Observatoire Pharos, mais qui constituent des documents à intégrer dans l’analyse. Les destinataires, partenaires de l’Observatoire Pharos, sont invités à contribuer à la qualité de cette veille par le partage de toutes informations utiles et diffusables. Notre méthodologie et nos engagements concernant cette veille sont disponibles dans le document ci-dessous.
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