|
| |
Batn al-Hawa, symbole du désespoir des Palestiniens de Jérusalem-Est
|
|
|
|
| |
Batn al-Hawa fait partie du quartier de Silwan au sud de la vieille ville de Jérusalem non loin de l’esplanade des Mosquées. Quartier dense, aux rues étroites, aux habitations serrées et empilées sur des pentes, il forme un tissu urbain ancien et populaire. Après l’occupation de Jérusalem-Est par Israël en 1967, les frontières municipales ont été redéfinies pour intégrer une trentaine de villages palestiniens, dont Silwan. La population du quartier a fortement augmenté avec l’arrivée de réfugiés palestiniens après la Nakba (1948) [1] et la guerre des Six Jours (1967). « L'annexion formelle de Jérusalem-Est en 1980 a été suivie d’une politique de colonisation agressive, la majeure partie du territoire municipal étant réservée à la construction juive, tandis que les quartiers palestiniens étaient systématiquement marginalisés. Aujourd'hui, ces communautés sont entourées de 16 colonies juives abritant environ 222 000 colons ; 10 autres colonies, situées juste à l’extérieur de la ville, accueillent quelque 80 000 Juifs israéliens supplémentaires. Ensemble, ces localités – toutes illégales au regard du droit international – représentent près de la moitié des colons de Cisjordanie occupée. Pour les 350 000 Palestiniens résidant à Jérusalem-Est, l’obtention d’un permis de construire est quasi impossible. La municipalité a systématiquement négligé leurs infrastructures et leurs besoins sociaux, leur a imposé des taxes excessives et a instrumentalisé la politique dite de "centre de vie" [2] pour leur retirer leurs droits de résidence. L’ensemble de ces mesures a contribué à l’effacement progressif de la présence palestinienne dans la ville (…) En vertu de la loi israélienne de 1970 relative aux questions juridiques et administratives, les Juifs sont autorisés à récupérer les biens situés à Jérusalem-Est qui leur appartenaient avant la guerre de 1948 et qui sont ensuite passés sous contrôle jordanien jusqu’à l'occupation israélienne de 1967, bien que l'État ait déjà indemnisé les résidents pour la perte de leurs biens. Ce droit ne s'étend pas aux centaines de milliers de Palestiniens qui ont été dépossédés de leurs biens à l'intérieur du territoire devenu l'État d'Israël lors de la Nakba.» (+972) Depuis de nombreuses années, la population palestinienne fait face aux menaces d’expropriations et d’expulsions, phénomène qui s’est accentué depuis le début de la guerre à Gaza avec une augmentation considérable des ordres d’évacuation émis par les tribunaux israéliens. (The Guardian)
[1] Exode et expulsion d’une grande partie de la population palestinienne lors de la guerre israélo-arabe de 1948.
[2] Révocation du droit de résidence permanente de Palestiniens par les autorités israéliennes sous prétexte que leur « centre de vie » ne situe plus à Jérusalem. Voir : Danielle C. Jefferis, « The “Center of Life” Policy : Institutionalizing Statelessness in East Jerusalem », Jerusalem Quarterly, Issue 50, Summer 2012.
Près de 700 personnes menacées d’expulsion
Aujourd’hui près de 87 familles, soit environ 700 personnes, du quartier de Batn al-Hawa « font l’objet de procédures judiciaires engagées par des colons pour les expulser de leurs logements » (UN). La plupart des recours juridiques sont désormais épuisés et de nombreux ordres d’expulsion ont été confirmés par les tribunaux israéliens. D’après l’ONG Ir Amim, 34 familles soit quelque 175 personnes sont susceptibles d’être déplacées et de voir leurs maisons occupées par des colons dans les semaines à venir. « Si elle était mise en œuvre, cette mesure pourrait conduire à “ la plus grande expulsion et à la prise de contrôle coordonnée d'un quartier palestinien de Jérusalem-Est occupée par l'État et les colons depuis 1967”, a déclaré Amy Cohen, porte-parole d'Ir Amim (The Guardian). L’échelonnement des expulsions rend par ailleurs difficiles les mobilisations collectives et limite la couverture médiatique (+972). Pour de nombreux habitants, l’accélération des vagues d’expulsion est liée à la guerre à Gaza qui « a créé un climat propice à de telles pratiques …. un climat de haine » (The Guardian). Au début du mois de novembre, trois familles palestiniennes ont été expulsées par les forces israéliennes et les maisons ont été remises à des colons sous protection policière (WAFA). Dès le lendemain de nombreux habitants de Batn al-Hawa aux cotés de militants juifs israéliens se sont rassemblés « le long de l’artère principale du quartier pour la première fois en deux ans afin de protester contre les expulsions imminentes ». Ces expulsions portent à neuf le nombre de familles palestiniennes expulsées du quartier depuis le début d’année et s’ajoutent aux seize autres familles déplacées depuis les années 2000 (+972).
La perte de leur logement, souvent transmis sur plusieurs générations, dépasse le « simple désastre économique », elle entraîne pour les familles expulsées de profondes ruptures sociales et familiales ainsi que des traumatismes durables. Les autres habitants quant à eux vivent dans la crainte permanente des expulsions et l’absence de perspective pour l’avenir. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie combinant lois, tribunaux, associations de colons et soutien politique, visant à changer la composition démographique de quartiers stratégiques de Jérusalem. Elle remet gravement en cause le droit des Palestiniens à vivre dans la Ville Sainte et révèle une discrimination institutionnelle et systémique. (Peace Now)
|
|
|
|
| |
« Suite », Netanyahu dépose officiellement une demande de grâce .
Le 30 novembre 2025, Benjamin Netanyahu a officiellement adressé une demande de grâce au président Isaac Herzog, dans le cadre de son long procès pour fraude, abus de confiance et corruption dans trois affaires distinctes concernant des échanges présumés de faveurs politiques (Euronews / Haaretz). La proposition initialement formulée en octobre par le président des États-Unis, Donald Trump, devant le parlement israélien à Jérusalem, a de nouveau été soutenue dans le courant du mois d’octobre par l’envoi d’une lettre exhortant son homologue israélien à accorder une amnistie au premier ministre israélien (L’Orient Le Jour). Dans une déclaration publiée par le bureau du premier ministre, Benjamin Netanyahu affirme que son procès « déchire le pays de l’intérieur » et que sa poursuite nuit selon lui à l’unité nationale et à sa capacité de gouverner. Cette demande est d’autant plus inhabituelle que les poursuites sont toujours en cours et qu’aucune condamnation à son encontre n’a été encore prononcée. Pour de nombreux juristes, si la grâce était accordée sans condamnation ni reconnaissance de culpabilité, elle serait alors une grave « remise en cause de l’équilibre des pouvoirs » et « violerait le principe d’égalité devant la loi ». (Haaretz) Sans surprise, le premier ministre israélien bénéficie du soutien marqué de la coalition gouvernementale ainsi que des divers partis de la droite et de l’extrême droite israéliennes, tandis que l’opposition dénonce vivement cette demande de grâce. (Haaretz / Tribune Juive). La société israélienne apparaît quant à elle particulièrement divisée sur le sujet. D’après des sondages récents menés auprès de la population israélienne, environ 50 % des personnes interrogées se déclarent opposées à l’octroi d’une grâce, tandis qu’un peu plus de 30 % y sont favorables. Parmi les électeurs de la coalition au pouvoir, 62 % soutiennent la démarche du premier ministre, contre 17 % qui s’y opposent. À l’inverse, plus de 80 % des sympathisants de l’opposition rejettent cette demande de grâce. (i24news)
|
|
|
|
| |
Mobilisation à Jérusalem contre la conscription
Le 30 octobre dernier, des centaines de milliers de juifs ultra-orthodoxes israéliens se sont rassemblés à Jérusalem lors d’une manifestation d’envergure, baptisée « Million Man Rally ». Organisé par les principaux partis ultra-orthodoxes, cet événement visait à protester contre la conscription dans l’armée israélienne et les arrestations d’étudiants de Yeshiva soupçonnés d’échapper au service militaire obligatoire (Haaretz). La mobilisation a paralysé la Ville Sainte : routes et rues bloquées, perturbations du trafic ferroviaire, fermeture des établissements scolaires (Israel Hayom)... Certains manifestants ont tenté d’empêcher les journalistes d’accéder à la zone, agressant notamment l’équipe de Channel 12 News et un opérateur de Channel 13 News. Des affrontements ont éclaté en fin de rassemblement entre les manifestants ultra-orthodoxes et les forces de police chargées de disperser la foule. Les autorités font état d’une centaine de blessés et du décès tragique d’un adolescent, victime d’une chute mortelle (Haaretz). Selon un accord établi au moment de la fondation de l’État d’Israël en 1948, les ultra-orthodoxes ont bénéficié durant des décennies d’une exemption militaire, à condition de se consacrer à plein temps à l’étude du judaïsme (France 24). Ce régime d’exemption et la non-participation à l’effort de guerre de la communauté ultra-orthodoxe qui représente aujourd’hui près de 14 % de la population, suscitent des tensions de plus en plus fortes au sein de la société israélienne confrontée depuis les massacres du 7 octobre 2023 à la guerre la plus longue et la plus coûteuse de son histoire récente. En juin 2024, la Cour suprême israélienne a estimé pour la première fois que le gouvernement ne disposait plus d’un cadre légal pour autoriser les jeunes de la communauté ultra-orthodoxe à être exemptés de service militaire et a appelé à légiférer rapidement sur ce sujet. Plusieurs projets de réformes visant à intégrer aux services militaires les juifs haredim ont été abandonnés ou repoussés face à l’opposition des partis ultra-orthodoxes soutiens de la coalition gouvernementale. À l'inverse, les partis d’opposition appellent à une réforme plus juste et à « un recrutement égal pour tous » (i24 news). La question de l’exemption militaire accentue les divisions au sein de la société israélienne entre laïcs et ultra-orthodoxes, fragilise la coalition gouvernementale de Benjamin Netanyahu et alimente le débat sur le partage des devoirs civiques, alors que les Haredim perçoivent ces évolutions comme une remise en cause de leur mode de vie. Par ailleurs, la croissance démographique des ultra-orthodoxes, qui pourraient représenter près de 40 % de la population israélienne d’ici 2050, soulève d’importantes préoccupations sécuritaires. Si les tendances actuelles persistent, la majorité des jeunes pourraient être exemptés de service militaire, posant ainsi un enjeu existentiel pour l’avenir d’Israël (i24news).
|
|
|
|
| |
« L’armée israélienne fait taire la culture palestinienne »
Le dimanche 23 novembre, les forces israéliennes ont interrompu et dispersé une représentation pour enfants intitulée « Des rêves sous les oliviers » et imaginé par le jerusalemite Youth Cultural Forum au théâtre El-Hakawati, situé à Jérusalem-Est. Sur les ordres directs du ministre d’extrême droite de la Sécurité Nationale, Itamar Ben-Gvir, le théâtre a été perquisitionné et fermé peu avant le début du spectacle mettant en scène des enfants et des adolescents (Haaretz). Selon son directeur Amer Khalil, il s’agit d’une nouvelle « attaque physique » contre la culture et la jeunesse palestiniennes (L’Humanité). Le ministère palestinien de la Culture a fermement condamné le raid considérant que « cette attaque constitue une violation flagrante de toutes les lois et conventions internationales qui garantissent la protection des institutions culturelles, notamment la Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel ». Le ministre, Imad Hamdan, a souligné que « le théâtre El-Hakawati est un espace historique et national qui incarne la mémoire collective de Jérusalem et reflète la résilience des artistes palestiniens face aux tentatives de judaïsation et à l’expropriation des terres », ajoutant que ce raid s’inscrivait dans le cadre d’une « politique systématique visant à faire taire le récit palestinien et à effacer l'identité arabe de la ville » (Haaretz). Fondé en 1984 par François Abu Salem, le Théâtre National Palestinien El-Hakawati est une structure indépendante, dépourvue de tout soutien financier de l’Autorité palestinienne ou du gouvernement israélien (sceneweb). Il constitue un pilier essentiel de la vie culturelle palestinienne et un symbole de la résistance artistique. Depuis plusieurs années, le théâtre fait face à d’importantes difficultés financières et subit des pressions régulières des autorités israéliennes : annulation du festival de littérature palestinienne (2009), fermeture temporaire pour empêcher la tenue d’un festival de marionnette (2013), interdiction d’un évènement intitulé « Renaissance de la culture palestinienne » (2016), interruption d’un spectacle de danse folklorique (2017), etc. Pour de nombreux observateurs, ce raid s’inscrit dans une longue série d’attaques menées contre les institutions culturelles palestiniennes en Cisjordanie.
|
|
|
|
| |
Le Consulat de France à Jérusalem visé par l’extrême-droite israélienne
Le consulat de France, l’une des plus anciennes représentations étrangères à Jérusalem, fait depuis plusieurs mois l’objet de vives critiques de la part des autorités israéliennes. Ces tensions se sont accentuées à la suite de la décision du président de la République, Emmanuel Macron, de reconnaître un État Palestinien, une initiative qui a provoqué une onde de choc en Israël (Voir veille du 13/11/2025). Le consulat de Jérusalem a un statut particulier du fait de son histoire, des spécificités de la Ville Sainte mais aussi parce qu’il est chargé de traiter les demandes de visa des Palestiniens souhaitant se rendre en France (Europe 1). Depuis août, la menace d’une fermeture du consulat de France à Jérusalem ou d’une saisie de ses propriétés en Terre Sainte sont régulièrement agités par le gouvernement israélien et sont devenus un symbole des tensions entre les deux pays (France info / Le Figaro). De son côté le président de la République Emmanuel Macron estime qu’une fermeture du consulat par les autorités israéliennes constituerait une « faute grave », dans un entretien à France 24 et à Radio France Internationale (RFI). Après plusieurs manifestations hostiles organisées notamment par le maire adjoint de Jérusalem, la France a officiellement demandé au gouvernement israélien de renforcer la sécurité de son consulat. La récente sortie médiatique du député du Sionisme religieux, Ohad Tal sur i24news, illustre les crispations actuelles. Déjà coupable de propos virulents à l’encontre d’un employé du consulat lors d’une visite de député israéliens d’extrême droite (Haaretz), Ohad Tal a formulé de graves accusations à l’encontre du consulat français, l’accusant de porter atteintes à la souveraineté israélienne, de servir d’antenne diplomatique à l’Autorité palestinienne, et de graves manquements allant jusqu’à l’incitation au terrorisme. Plus largement, Ohad Tal voit dans cette situation le symptôme d’une relation franco-israélienne profondément dégradée et accuse Emmanuel Macron de « détourner le projecteur vers Israël » pour ne pas affronter, selon lui, l’influence croissante d’éléments islamistes en France. (i24news).
|
|
|
|
| |
Les 30 ans de l’Institut Magnificat, le conservatoire de musique de la Custodie de Terre Sainte
Cette année, l’Institut Magnificat, le conservatoire de musique classique de la Custodie de Terre Sainte, fête ses trente ans d’existence. « Fondé par la Custodie de Terre Sainte, le Magnificat œuvre pour l’unité entre les cultures et les religions à travers la musique, instrument de dialogue, de croissance et de partage, capable de créer l’harmonie même dans les contextes les plus difficiles » (Terre Sainte Magazine). Créé en 1995 au cœur de la Vieille Ville de Jérusalem, il est devenu un véritable pôle culturel de la Terre Sainte. L’Institut accueille aujourd’hui des élèves de tous horizons – chrétiens, musulmans et juifs – constituant un rare espace de rencontre et de dialogue dans un contexte marqué par les tensions. Son enseignement couvre l’ensemble des disciplines musicales : instruments, chant, théorie, etc. Chaque année, près de 200 élèves suivent les cours dispensés par le conservatoire. Aujourd’hui, près de 80 % des professeurs sont des juifs israéliens et la grande majorité des élèves sont des Palestiniens chrétiens ou musulmans. Affilié au conservatoire de musique « Arrigo Pedrollo » de Vicence (Italie), il délivre des certifications européennes reconnues, ce qui garantit un niveau académique élevé. Le Magnificat se distingue également par la qualité de son corps professoral et par l’organisation régulière de concerts et d’événements artistiques qui enrichissent la vie culturelle de Jérusalem et par des tournées internationales en Europe et aux Etats-Unis. L’établissement s’inscrit dans la mission plus large de la Custodie : promouvoir la paix, l’éducation et la coexistence par la culture. En formant les jeunes à la discipline musicale, il leur offre aussi un espace de développement personnel et de construction de liens entre communautés. Ainsi, le conservatoire joue un rôle essentiel de médiation et d’ouverture, faisant de la musique un instrument privilégié de fraternité (CTS).
|
|
|
|
| |
Des retours ? Des remarques ?
Votre avis compte. Vous avez une remarque, une suggestion, une critique ou un retour d’expérience sur notre veille ? N’hésitez pas à nous en faire part via ce formulaire. Vos contributions sont précieuses pour enrichir le projet, ajuster nos contenus et répondre au mieux à vos attentes.
|
|
|
|
| |
Ce bulletin de veille est réalisé par l’Observatoire Pharos, observatoire du pluralisme des cultures et des religions, dans le cadre de sa mission d’étude de la situation du pluralisme à Jérusalem. Il rassemble des informations, analyses et déclarations qui ne reflètent pas systématiquement la perception de la situation par l’Observatoire Pharos, mais qui constituent des documents à intégrer dans l’analyse. Les destinataires, partenaires de l’Observatoire Pharos, sont invités à contribuer à la qualité de cette veille par le partage de toutes informations utiles et diffusables. Notre méthodologie et nos engagements concernant cette veille sont disponibles dans le document ci-dessous.
|
|
|
|