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Jérusalem est aussi un espace de solidarité
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Dans une période marquée par la haine, la déshumanisation et les appels à la vengeance de part et d’autre, des membres de la société civile de toutes confessions, organisés ou non en association, se mobilisent par solidarité et pour la paix au nom du vivre-ensemble. Ces actions diverses et variées, peu relayées par les médias, ne sont pas nouvelles, mais prennent un sens tout particulier dans le contexte actuel. Elles sèment çà et là des graines d’espoir et méritent d’être mises en lumière, témoignant que Jérusalem est aussi un symbole de paix et de dialogue entre les communautés et les religions, en particulier en cette période de convergence des fêtes religieuses. Pour la rupture du Ramadan [1], les Franciscains de la Custodie de Terre Sainte associés à des bénévoles des deux associations juives « Kehilat Zion » et « Tag Meir » ont distribué à plusieurs reprises eau, dattes et friandises aux fidèles musulmans devant la porte de Damas et dans différentes localités de la région (cmc-terrasanta.com). L’initiative « Ramadan Kareem » (Joyeux Ramadan) promue depuis 2019 « lorsque les tensions sociales entre les différents groupes ethniques vivant en Terre Sainte avaient atteint des niveaux de violence très élevés » (custodia.org), revêt une forte symbolique cette année : « En ces temps difficiles, de petits gestes de gentillesse peuvent jeter des ponts et nous rappeler notre humanité » (Tag Meir). Autre exemple marquant, l’initiative de la jeune avocate et militante israélienne de 33 ans, Noa Dagoni, et son engagement dans l’aide humanitaire et la coopération entre les différentes communautés. Depuis le début du conflit, elle coordonne avec l’aide de bénévoles israéliens des collectes et des distributions de nourriture pour les familles palestiniennes de Cisjordanie occupée, notamment durant le Ramadan. Au total, ce sont près de 16 organisations israéliennes de défense des droits humains qui participent au « Food Aid for Ramadan ». Gary Kamen, guide touristique de 60 ans, multiplie les allers-retours entre Jérusalem et la Galilée pour livrer les précieux colis alimentaires à des familles bédouines, tout comme Anton Goodman, membre du « Rabbis for Human Rights » qui participent ainsi à la livraison de près de 50 tonnes de nourriture à plus 2 000 familles palestiniennes. La distribution des colis alimentaires se fait dans la plus grande discrétion à la fois par respect de la dignité de ces familles palestiniennes, mais aussi par peur d’éventuelles représailles. Amir Sandler, géologue à la retraite, un des bénévoles qui a rejoint le mouvement initié par Noa Dagoni, participe aussi à des actions de protection de bergers de la vallée du Jourdain harcelés par les colons (RFI, France Info, Euronews, Times of Israel).
Autre exemple significatif, l’action menée par les bénévoles de la « Religious Data Center », en réponse à la nette augmentation des violences verbales et physiques à l’encontre des chrétiens. Le collectif, fondé en 2023 par Yisca Harani, universitaire et conférencière israélienne, invite ses bénévoles à accompagner les chrétiens des différentes communautés durant les processions de Pâques, notamment afin de signaler de potentiels incidents et de servir éventuellement de médiateurs. Équipés de gilets jaunes, ils ont permis cette année l’arrestation de plusieurs juifs orthodoxes coupables de crachats en direction de prêtres arméniens et latins. L’ambition de l’association est de documenter les incidents à l’encontre du clergé, des fidèles, des édifices et des symboles religieux chrétiens, afin d’aider les victimes à porter plainte et de susciter l’attention des autorités compétentes ainsi que celle de l’opinion publique israélienne. En coopération avec les différentes Églises chrétiennes de Terre Sainte, elle a notamment mis en ligne une plateforme multilingue et ouvert une ligne d’assistance téléphonique pour recenser et documenter les incidents anti-chrétiens. Ses rapports réguliers sont par ailleurs disponibles en anglais sur son site internet (Religious Freedom Data Center). Ces actions, aussi modestes soient-elles, sont autant d’occasions de rencontres et de dialogues entre des communautés trop souvent confrontées à leurs différences et à un « régime d’incommunicabilité » (custodia.org).
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« Suite », nouvelle instrumentalisation de l’esplanade des Mosquées par l’extrême droite israélienne
Le mercredi 2 avril, le ministre israélien de la Sécurité Nationale, Itamar Ben Gvir, dirigeant du parti d’extrême droite « Force Juive », s’est rendu pour la 8e fois sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem, provoquant l’indignation à l’international et la condamnation des pays musulmans quelques jours à peine après la fin du Ramadan. (WAFA) Cette nouvelle provocation de l’extrême droite israélienne, intervenant au moment même de la reprise des bombardements et de l’offensive militaire israélienne sur la bande de Gaza depuis le 18 mars, est perçue par les autorités palestiniennes comme un raid visant à exacerber les violences et à affirmer la souveraineté d’Israël sur Jérusalem-Est. (CPI) Pour rappel, Itamar Ben Gvir avait quitté son poste le 19 janvier en protestation contre la trêve conclue avec le Hamas avant de le réintégrer le 19 mars. À sa suite, les autorités israéliennes ont autorisé un groupe de 180 juifs à entrer sur l’esplanade des mosquées pour y prier de façon ostentatoire, ébréchant dangereusement les limitations d’accès au site et le statu quo instauré en 1967 [2]. (Haaretz)
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Quel avenir pour les chrétiens en Israël ?
Une enquête récente menée auprès d’un échantillon de 300 chrétiens arabes en Israël et à Jérusalem-Est par le Centre Rossing met en lumière un malaise profond au sein de la communauté chrétienne en Israël (Catholic New Agency). Divers axes de perceptions ont été questionnés : liberté religieuse, intégration à la société israélienne, relations avec l’État, rôle des Églises, immigration et identité (Rossing Center). Les résultats révèlent une inquiétude croissante, en particulier pour les chrétiens de Jérusalem-Est qui pensent subir davantage les discriminations, restrictions religieuses et violences anti-chrétiennes. Les difficultés d’intégration et les envies de départ touchent davantage les populations jeunes : si près de 40 % des sondés envisagent d’émigrer à l’étranger, 1 jeune sur 2 déclare réfléchir sérieusement à quitter le pays, mettant en avant des préoccupations sociopolitiques et sécuritaires. L’étude met aussi en avant le sentiment d’injustice vis-à-vis de l'État israélien et une opposition marquée au service militaire. Si le contexte actuel a sans nul doute influencé grandement les réponses des sondés, l’avenir des chrétiens arabes en Israël pose question. Leur part dans la population ne cesse de diminuer, malgré une augmentation du nombre de chrétiens en Israël, principalement due à l'arrivée de travailleurs migrants et de demandeurs d’asile (Philippines, Sri Lanka, Érythrée, etc.) (Terre Sainte Magazine).
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Des fêtes de Pâques sous haute tension
De manière analogue aux restrictions imposées aux musulmans de Jérusalem-Est et des territoires occupés par les forces de police israéliennes durant le mois de Ramadan, les fêtes de Pâques se sont déroulées dans un climat particulièrement délétère : blocage d’accès, retenues aux points de contrôle, limitation des célébrations, agressions verbales et physiques, etc. (CPI). Le samedi 19 avril, la cérémonie du Feu Sacré, l’un des rituels majeurs du calendrier chrétien orthodoxe célébrée le Samedi Saint précédant Pâques dans et autour de l’église du Saint-Sépulcre, a été marquée par de violents affrontements malgré la présence de nombreux pèlerins. D’après la tradition orthodoxe, le Saint Feu s’allume de manière spontanée et miraculeuse à l’intérieur du tombeau du Christ, recueilli par le patriarche orthodoxe, il est ensuite répandu à tous les fidèles présents. Cette année en particulier, la police israélienne a déployé un important dispositif de sécurité mobilisant des centaines de policiers et gardes-frontières pour sécuriser les lieux et les processions ainsi que réguler les flux de fidèles dans la Vieille Ville. Chaque année, cette cérémonie est marquée par des incidents et de fortes tensions entre les forces de police israéliennes et les fidèles à l’intérieur même du Saint-Sépulcre et à ses alentours. Dans un contexte de crispation communautaire, une augmentation sensible des échauffourées a été dénoncée sur les réseaux sociaux et dans divers médias (NAM Armenews). Cet important dispositif policier limitant fortement la liberté de circulation des fidèles et ces divers incidents ont été jugés par les autorités religieuses chrétiennes comme une profanation de la sainteté de Jérusalem et de la liberté religieuse (World Council of Churches / Jerusalem patriarchate).
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« No Other Land » récompensé aux Oscars
Le 2 mars 2025, le documentaire israélo-palestinien « No Other Land », sur l’occupation en Cisjordanie et les destructions de propriétés palestiniennes, a remporté l’Oscar du meilleur film documentaire, provoquant la colère du gouvernement israélien et des mouvements d’extrême droite. Le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, membre du Likoud, a appelé immédiatement à la censure pure et simple du documentaire et à une réforme du financement de la production cinématographique considérée par les professionnels du secteur comme « une tentative de faire taire toute voix dissidente en Israël et de museler la liberté d’expression » (France 24). La presse ultranationaliste a quant à elle massivement attaqué les réalisateurs. Déjà primé au festival de Berlin en mars 2024, le discours du réalisateur Yuval Abraham, appelant à un cessez-le-feu dans la bande de Gaza et à la fin de ce qu’il décrit comme une situation d’apartheid, a suscité de vives réactions dans les médias israéliens et sur les réseaux sociaux, où certains ont perçu ses propos comme antisémites. Depuis, il reçoit de nombreuses menaces de mort accompagnées de manifestations hostiles devant la maison familiale (Le Monde). Son coréalisateur palestinien, Hamdan Ballal, a même été arrêté avec deux autres Palestiniens le 24 mars 2025 par des soldats israéliens, alors qu’ils venaient d’être attaqués et blessés par des colons selon les témoignages de militants du « Center for Jewish Nonviolence », une ONG opposée à l’occupation israélienne (Haaretz/The Guardian).
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La « Route de la Souveraineté » et l’accélération de la colonisation
Le mouvement de colonisation ainsi que les violences associées ne sont malheureusement pas nouveaux. Ces derniers mois ont vu une nette augmentation des cas d’expropriations, de démolitions et de déplacements impulsés par le gouvernement israélien et les partis d’extrême droite, encouragés par la nouvelle administration américaine de Donald Trump et la situation chaotique liée à la guerre. Chaque semaine, les médias palestiniens et israéliens rapportent des opérations de différentes envergures menées par l’armée israélienne et des décisions gouvernementales liées à d’importants projets de réformes administratives ou de constructions immobilières et d’infrastructures. Le 30 mars dernier, le gouvernement israélien a adopté un projet de construction de nouvelles routes dans la périphérie de Jérusalem, en Cisjordanie occupée entre Jérusalem, Maale Adoumim et la vallée du Jourdain (i24). La « Route de la Souveraineté », défendue par le ministre de la Défense, Israël Katz, partisan d’une ligne dure au sein du gouvernement israélien, vise à créer « un réseau routier continu réservé aux Israéliens tout en empêchant l’accès pédestre des Palestiniens à certaines zones stratégiques ». Ce projet doit ainsi améliorer « la fluidité du trafic » et surtout renforcer « les infrastructures de transports entre Jérusalem, Maalé Adoumim et l’est de la région de Binyamin, permettant le développement continu des implantations dans la zone E1 » [3] (L’Orient le Jour). Pour l’ONG Peace Now, la construction de cette « route d’apartheid (…) permettra à Israël de fermer aux Palestiniens une vaste zone au cœur de la Cisjordanie en déviant le trafic palestinien vers une voie de contournement spéciale, et d’annexer l’ensemble de la zone de Maale Adumim à Israël », une colonie israélienne peuplée de près de 40 000 colons. Des dizaines de communautés bédouines seront donc isolées du reste de la Cisjordanie et pourraient être contraintes de se relocaliser. En outre, le tracé routier envisagé entraînera la destruction de nombreuses habitations palestiniennes (Peace Now). Cette décision prise au nom de la sécurité d’Israël et au bénéfice des colons, vise en réalité à restreindre la présence palestinienne et à étendre l’emprise israélienne sur Jérusalem-est et les territoires voisins, voire à procéder à une annexion d’une part toujours plus importante de la région (Times of Israel). À minima, cette politique entraînera un morcellement du territoire en rompant toute continuité territoriale d’un légitime futur État palestinien.
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[1] Un des cinq piliers de l’Islam, le mois du Ramadan, est un jeûne strict entre le lever et le coucher du soleil. Le début et la fin du Ramadan fluctuent chaque année car le calendrier musulman ou hégirien est un calendrier lunaire.
[2] Lors de la guerre des Six Jours (5-10 juin 1967), Israël prend le contrôle de la totalité de Jérusalem dont les lieux saints de la Vieille Ville. À la fin des combats, Moshe Dayan, ministre israélien de la Défense prend une série de mesures concernant notamment l’accès à l’Esplanade des Mosquées : la gestion des lieux saints musulmans de la Vieille Ville de Jérusalem par un organisme (Waqf) dépendant de la Jordanie est maintenue, la police israélienne est chargée de la sécurité du site, seuls les musulmans sont autorisés à prier sur l’esplanade et dans ses mosquées mais l’ensemble des non-musulmans peuvent le visiter à certaines heures, enfin les drapeaux israéliens sont interdits sur le site.
[3] La zone E1 est un territoire situé à la sortie de Jérusalem en Cisjordanie et peuplé par de nombreuses communautés bédouines.
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Ce bulletin de veille est réalisé par l’Observatoire Pharos, observatoire du pluralisme des cultures et des religions, dans le cadre de sa mission d’étude de la situation du pluralisme à Jérusalem. Il rassemble des informations, analyses et déclarations qui ne reflètent pas systématiquement la perception de la situation par l’Observatoire Pharos, mais qui constituent des documents à intégrer dans l’analyse. Les destinataires, partenaires de l’Observatoire Pharos, sont invités à contribuer à la qualité de cette veille par le partage de toutes informations utiles et diffusables. Notre méthodologie et nos engagements concernant cette veille sont disponibles dans le document ci-dessous.
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