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La fermeture de l’esplanade des mosquées pendant le Ramadan : Mesure sécuritaire ou nouvelle provocation ?
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« La fermeture, rare, du troisième lieu saint de l’Islam pendant le Ramadan, en pleine guerre contre l’Iran, a perturbé des traditions religieuses sacrées et exacerbé les craintes des Palestiniens quant à l’avenir de la mosquée » (Haaretz). Elle promet un Aïd el-Fitr [1] « triste et douloureux » (Courrier International).
Une érosion du statu quo
« C’est le premier Ramadan depuis la prise de contrôle de Jérusalem-Est par Israël en 1967 durant lequel les Palestiniens n’ont pas pu accomplir la prière du vendredi à la mosquée » (Middle East Eye).
Rappelons que l’esplanade des mosquées [2] est régie par un statu quo, préservant son statut religieux de lieu exclusivement islamique et que son administration incombe au Waqf islamique de Jérusalem, une fondation religieuse fondée par les Jordaniens. Depuis 1967, les responsables religieux et les Palestiniens ne cessent de se plaindre de l’érosion de ce statu quo en raison des restrictions croissantes imposées à l’accès des musulmans, tandis que la présence juive et le contrôle israélien se sont accrus.
Durant la dernière semaine du Ramadan, « les cours de la mosquée Al-Aqsa habituellement remplies de dizaines de milliers de fidèles durant les dernières nuits du mois sacré » sont restées fermées. Les derniers jours du jeûne sont parmi les plus importants spirituellement, notamment la nuit de Laylat a-Qadr (Nuit du destin) qui commémore la première révélation à Mahomet au VIIe siècle. Cette nuit particulière est l’occasion de grands rassemblements à Jérusalem attirant des milliers de fidèles venus des villes palestiniennes d’Israël et de Cisjordanie chargés de denrées de toutes sortes pour la rupture du jeûne (Iftar). Habituellement « les chants de Tarawih, les invocations récitées pendant le Ramadan et les prières coraniques résonnent tard dans la nuit » (Haaretz) Cette année, rien de tout cela, les portes d’accès restent fermées et l’esplanade vide.
Une critique unanime du monde musulman
Cette décision prise par les autorités israéliennes au nom de la guerre avec l’Iran a été largement critiquée par la population musulmane et plusieurs pays arabes, dont la Jordanie, l'Égypte et l'Arabie saoudite (Haaretz). Elle est perçue notamment par la ligue arabe comme une « provocation sans précédent à l’égard des sentiments de deux milliards de musulmans à travers le monde et d’atteinte grave à la liberté de culte et au droit d’accès aux lieux saints ». Ces mesures « empêchant les musulmans d'accomplir leurs devoirs religieux [...] ne feraient qu'exacerber le conflit et auraient de graves répercussions sur la paix et la sécurité régionales et internationales ». (WAFA) Pour les responsables chargés de la gestion des lieux saints à Jérusalem et Abu Sway, vice-président du Waqf, cette décision est d’autant plus incompréhensible que « la mosquée Al-Aqsa possède d'immenses salles souterraines pouvant accueillir des milliers de personnes ». (The New York Times)
Des répercussions sociales et économiques majeures
Pour Thair Abu Ras, analyste politique palestinien, « les Palestiniens entretiennent un lien spirituel et religieux avec Al-Aqsa, mais au-delà de cela, il existe également un sentiment de responsabilité envers la mosquée en tant que symbole national et lieu d'appartenance. (…) C’est un espace social où les gens se rencontrent, expriment leurs opinions et renforcent un sentiment d’identité collective », un fait qui, selon lui, « peut mettre mal à l’aise les autorités israéliennes ». L’impact économique est aussi considérable alors que le tourisme religieux du mois de Ramadan génère habituellement d’importants revenus pour les commerçants de Jérusalem-Est. « Pour de nombreux Palestiniens cette fermeture s’inscrit dans une tentative des autorités israéliennes d’étendre leur contrôle sur le site » et intervient dans une période marquée par l’intensification de la pression à Jérusalem-Est comme en Cisjordanie occupée. (Haaretz) Malgré l'argument sécuritaire qui justifie une telle décision, la méfiance est exacerbée par la peur de voir les colons et les groupes religieux d’extrême droite imposer leur mainmise progressive sur le site et une « réalité sécuritaire stricte » à Jérusalem en normalisant les mesures de sécurité actuelles ainsi que les restrictions imposées à la population musulmane (Annajah)/ « Privés d’accès à la mosquée d’Al-Aqsa par les autorités israéliennes, des fidèles musulmans ont célébré la prière de l’Aïd el-Fitr hors des remparts de la Vieille Ville de Jérusalem, dans une atmosphère tendue et sous les gaz lacrymogènes de la police » (Euronews).
Dans ce contexte, les restrictions d’accès à l’esplanade des mosquées, « lieu saint de l’Islam et symbole national palestinien » (Le Monde) ainsi que les incursions fréquentes de juifs ultra-orthodoxes et colons, soutenus par le gouvernement israélien, pourraient devenir rapidement « le prélude à des troubles à Jérusalem » une fois la guerre avec l’Iran terminée. L’issue de cette guerre pourrait avoir des répercussions majeures sur la politique israélienne envers les Palestiniens. Ainsi, prier sur l’esplanade des mosquées est un motif d’espoir, un acte de résistance et une façon de dire « à l’occupant : nous sommes là, nous restons fermes et nous n’abandonnerons pas nos droits » (Haaretz).
[1] Fête marquant la rupture du jeûne du mois de Ramadan. [2] L’Esplanade des mosquées ou Haram al-Sharif, comprend notamment le dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa. Il s’agit du troisième lieu saint de l’Islam avec la Mecque et Médine.
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« Suite », Le droit à l’éducation à Jérusalem-Est
Une vidéo publiée par le Conseil œcuménique des Églises (COE), « Le droit à l’éducation à Jérusalem-Est », dénonce les obstacles croissants à l’éducation pour les Palestiniens de Jérusalem-Est. L’exemple de Tuqa, une jeune étudiante, arrêtée pour possession d’un manuel scolaire palestinien, illustre ces dérives et la pression folle exercée par les autorités israéliennes : arrestation, garde à vue, assignation à résidence, etc.
« Cette vidéo, qui présente aussi des faits sur la violation du droit international et des droits de la personne, s’inscrit dans le cadre de la nouvelle campagne du COE (…). Elle met en avant des engagements que le monde semble avoir oubliés : qu’Israël est signataire de la Convention des droits de l’enfant et qu’en août 1994, Israël a signé un accord prévoyant que toutes les autorités scolaires de Jérusalem-Est soient transférées aux Palestinien-ne-s ». George Sahhar, responsable plaidoyer du bureau de liaison de Jérusalem du COE et du programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël, rappelle des évidences à défendre : « Les enfants doivent pouvoir profiter de leur scolarité au lieu d’aller à l’école la peur au ventre, doivent avoir la possibilité d’apprendre dans le cadre de leur identité nationale au lieu de se sentir marginalisés et doivent pouvoir rêver d’un avenir radieux au lieu de redouter que la police ne les prenne en chasse à chaque coin de rue » (Oikoumene).
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Les Patriarches chrétiens de Jérusalem lancent un appel aux missions diplomatiques présentes dans la région
Réunis au Patriarcat grec-orthodoxe ce 6 février à l’invitation du patriarche grec Theophilos III, les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem ont lancé un appel solennel aux représentants des missions diplomatiques accréditées dans la ville, demandant leur attention et leur soutien face à l’augmentation des violences visant les chrétiens et leurs lieux de culte en Terre sainte. Ce rassemblement se déroule chaque année, mais cette édition est particulièrement marquée par un contexte de tensions accrues, incluant des actes de harcèlement et des violences rapportés contre des chrétiens dans la Vieille Ville et au-delà, et la situation toujours plus préoccupante à Gaza (Jerusalem Patriarchate). « Devant plus de trente consuls généraux et chefs de mission, les responsables chrétiens ont dressé un constat sans détour : la présence chrétienne en Terre sainte est fragilisée, la liberté religieuse s’érode et les institutions ecclésiales subissent une pression constante ». Les responsables des principales Églises chrétiennes de Jérusalem ont exprimé leur profonde préoccupation pour la sécurité des fidèles, des lieux sacrés et de la liberté religieuse dans la ville et ses environs, invitant les représentants diplomatiques à mesurer l’urgence de la situation. (X) Ils ont en particulier insisté sur les questions humanitaires et sanitaires à Gaza, l’expansion de la colonisation israélienne ou encore « les difficultés liées aux permis de séjour et de travail (voir veille précédente) » qui « affectent enseignants, personnels médicaux et employés essentiels, désorganisant écoles et hôpitaux et fragilisant encore davantage le tissu social-chrétien » (Terre Sainte). « Comme l’an dernier, les représentants diplomatiques ont exprimé leur soutien aux Églises et à la liberté religieuse. Plusieurs ont promis de relayer ces préoccupations auprès de leurs gouvernements. Un appel a enfin été lancé à l’envoi de délégations d’observation sur le terrain. À Jérusalem, la diplomatie des Églises se poursuit. Sans illusion. Mais sans renoncement ». (Terre Sainte)
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Des rabbins de Jérusalem condamnent les violences à l’encontre des chrétiens
Dans un geste rare et fortement symbolique, deux rabbins de Jérusalem ont récemment publié une lettre condamnant fermement les violences et actes de harcèlement dont sont victimes des chrétiens dans la Ville Sainte (voir veille 13/11/2025 et 23/05/2025). Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions croissantes et d’incidents répétés dans la Vieille Ville, où des religieux ont notamment été pris pour cible (Terre Sainte). Ces dernières semaines en particulier, plusieurs vidéos partagées sur les réseaux sociaux montrent de jeunes ultra-orthodoxes juifs cracher sur des bâtiments chrétiens, sur le seuil du sanctuaire de Gethsémani ou le monastère arménien Saint-Jacques. (X) « Un acte tristement banal parce que quotidien, dans et autour de la vieille ville, contre les sites chrétiens quand ce n’est pas contre les chrétiens eux-mêmes. On doit le regretter, on peut le condamner. Rien ne changera tant que l’éducation donnée aux jeunes juifs en Israël et spécifiquement dans certaines écoles talmudiques n’évoluera pas » (Terre Sainte). Dans leur lettre publiée le 22 janvier sur le site ultra-orthodoxe Kikar HaShabbat, Avigdor Nebenzahl, rabbin de la Vieille Ville, Shmuel Rabinovitch, rabbin du Mur occidental, dénoncent sans ambiguïté les agressions verbales et physiques, les crachats et les intimidations visant des prêtres, des moines, des fidèles et des édifices chrétiens : « Un appel public sans équivoque, condamnant fermement ce phénomène et demandant qu’il cesse immédiatement ». Pour les deux rabbins, ces « actes graves et répréhensibles (…) contredisent les valeurs de la Torah, portent atteinte à la dignité humaine et au caractère sacré de Jérusalem, et pourraient conduire au blasphème et à la provocation des nations » (Kikar HaShabbat). Cette initiative, saluée par plusieurs responsables chrétiens et observateurs, envoie un signal fort face à la banalisation de certaines violences. Par ailleurs, « sur les réseaux sociaux, des juifs israéliens, religieux ou non, expriment de plus en plus ouvertement leur malaise et leur indignation face à ces comportements. Plusieurs d’entre eux soulignent que ces actes ne reflètent ni leur foi ni leur attachement à Jérusalem, et qu’ils portent atteinte à l’image morale du judaïsme autant qu’à la coexistence dans la ville » (Terre Sainte). Malgré les tensions politiques et religieuses, des voix s’élèvent donc pour défendre une vision de Jérusalem comme espace de rencontre, et non de confrontation.
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Des initiatives interreligieuses pendant le mois de Ramadan
Comme chaque année et malgré le contexte, le mois de Ramadan est l’occasion de gestes de paix entre les diverses communautés religieuses de Jérusalem. Quelques frères de la Custodie de Terre Sainte accompagnés de membres de la communauté de Kehilat Zion (communauté de la synagogue de Sion) « ont renouvelé un petit mais significatif geste de fraternité : distribuer de l’eau et des dattes aux musulmans quelques minutes avant l’iftar, le moment qui marque chaque soir la fin du jeûne ». Cette initiative est devenue avec le temps « un signe concret dans le cadre des activités de dialogues interreligieux. Quelques gestes simples, une petite bouteille d’eau, quelques dattes, un sourire, qui renferment pourtant un message fort : même dans une terre marquée par les tensions et les divisions, il est possible de se rencontrer comme frères et sœurs ». Les distributions suspendues durant la première semaine en raison de la guerre avec l’Iran ont pu reprendre ponctuellement dans les moments « de relative tranquillité, sans alarmes, ni sirène.»
« Dans un temps marqué par la peur et l’incertitude, ce bref moment partagé avant l’iftar est ainsi devenu un signe concret d’espérance. Un geste petit, mais capable de rappeler que le dialogue n’est pas fait seulement de rencontres officielles ou de grandes déclarations, mais de relations quotidiennes, de gestes d’attention réciproque et de fraternité vécue.»
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Fermeture des lieux saints. Quelles fêtes de Pessah et de Pâques ?
Depuis le déclenchement de la guerre avec l’Iran, l’ensemble des lieux saints de Jérusalem connaissent de fortes restrictions. Tout comme l’esplanade des mosquées, les lieux saints juifs et chrétiens sont logiquement fermés jusqu’à nouvel ordre. Alors que la fête de l’Aïd el-Fitr qui marque la rupture du jeûne du mois de Ramadan s’est déroulée sans accès à l’esplanades des mosquées, les fêtes de Pessa’h et de Pâques risquent elles aussi de se dérouler sans pouvoir accéder aux lieux saints, c’est-à-dire au Mur occidental [1] pour les juifs et au Saint-Sépulcre [2] pour les chrétiens. Hasard des calendriers liturgiques, les célébrations juives et chrétiennes se croisent cette année. La fête de Pessa’h, qui commémore la libération des Hébreux de l’esclavage en Égypte ancienne, aura lieu cette année du 1er au 9 avril. Elle est l’une des trois fêtes de pèlerinage du judaïsme vers Jérusalem prescrite par la Torah (Bible hébraïque) et l’occasion de grands rassemblements. « La célébration des Rameaux [3] qui inaugure la Semaine sainte catholique, cette année le 29 mars, est traditionnellement marquée à Jérusalem par une grande procession » qui peut réunir en présence des pèlerins de 15 000 à 20 000 fidèles. Le patriarche Pizzaballa, venu célébrer la messe des Rameaux en petit comité, s'est vu interdire l'accès au Saint-Sépulcre par des policiers israéliens. L'incident a déclenché une série de réactions internationales et le premier ministre israélien est intervenu pour que l'accès au Saint-Sépulcre lui soit garanti. Le dimanche de Pâques, commémorant la résurrection du Christ, tombe cette année le 5 avril pour les catholiques et la semaine suivante pour les orthodoxes, soit le 12 avril. La Pâques orthodoxe est notamment marquée par la cérémonie du Feu Sacré au Saint-Sépulcre qui réunit elle aussi des milliers de fidèles. « La fermeture du Saint-Sépulcre en temps de crise n’est pas inédite. À l’époque moderne, la basilique a déjà été fermée à plusieurs reprises lors de conflits ou de crises majeures. Le plus longtemps avait alors été durant la guerre du Golfe en 1991. (…) Même lorsque les portes sont closes, la vie liturgique ne s’arrête pas. Les communautés religieuses présentes dans la basilique — Grecs-orthodoxes, catholiques représentés par les Franciscains de la Custodie et Arméniens apostoliques — continuent d’assurer l’intégralité des prières quotidiennes (avec aussi les Syriaques et les Coptes) (…) Si les restrictions se maintiennent, Jérusalem pourrait connaître, pour la cinquième fois depuis le Covid, des fêtes de Pâques presque sans la participation des fidèles dans les lieux saints, et avec les restrictions en vigueur dans les paroisses. » (Terre Sainte Magazine)
[1] Mur occidental ou Kotel, appelé aussi improprement Mur des Lamentations, est le lieu le plus saint du judaïsme car il est considéré comme une partie du mur de soutènement de l’esplanade de l’ancien temple de Jérusalem. Il est intégré au VIIe siècle aux murs d’enceinte de l’esplanade des Mosquées.
[2] L’église ou basilique du Saint-Sépulcre appelée aussi basilique de la Résurrection, un des principaux lieux saints chrétiens, est située dans la Vieille Ville de Jérusalem et englobe, d’après la tradition chrétienne, plusieurs stations de la Passion du Christ, dont le lieu de la Crucifixion (Golgotha) et le tombeau du Christ (Saint-Sépulcre).
[3] Commémoration de l’entrée de Jésus-Christ à Jérusalem, il s’agit du dernier dimanche du Carême. À cette occasion, des rameaux d’olivier sont bénis et emportés par les fidèles
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Ce bulletin de veille est réalisé par l’Observatoire Pharos, observatoire du pluralisme des cultures et des religions, dans le cadre de sa mission d’étude de la situation du pluralisme à Jérusalem. Il rassemble des informations, analyses et déclarations qui ne reflètent pas systématiquement la perception de la situation par l’Observatoire Pharos, mais qui constituent des documents à intégrer dans l’analyse. Les destinataires, partenaires de l’Observatoire Pharos, sont invités à contribuer à la qualité de cette veille par le partage de toutes informations utiles et diffusables. Notre méthodologie et nos engagements concernant cette veille sont disponibles dans le document ci-dessous.
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