Il est des hommes qui se perdront toujours

Il est des hommes qui se perdront toujours
Auteur: Rebecca LIGHIERI
Publication: 2021
Pays: France
Pages: 368
Editeur: Gallimard
Langue: France
Compte rendu de l'oeuvre:

L’histoire se déroule dans les années 90s à Marseille. Le personnage principal, le narrateur est Karel, fils de Karl et Loubna. Loubna est d’origine kabyle, Karl de Belgique. Karel a une soeur,
Hendricka, et un petit frère, Mohand, sujet à de nombreuses invalidités. Le roman fait 350 pages, plutôt réservé à un public adulte car il est assez dur dans les thématiques sociales abordées, et le ton est cru. Aussi, c’est un roman policier, publié en 2020. L’autrice, Rebecca Lighieri, a également publié Les garçons de l’été, et reçu le prix du livre Inter en 2019.

La famille habite dans la Cité, derrière laquelle se trouve « la Colline », où les jeunes se retrouvent pour jouer ou plus tard, faire la fête. D’un milieu très précaire, où par exemple lorsque que leurs
camarades prennent au goûter des BNs, pitchs, etc, Karel et Hendricka se contentent de pain rassis. L’écriture est crue, parfois brutale : elle reflète au mieux la terreur dans laquelle grandissent au quotidien les enfants, sous le joug de la violence de leur père. Rebecca Lighieri décrit également bien l’exotisme auxquels Hendricka et Karel sont soumis, avec leurs yeux clairs et leur peau hâlée.
Souvent, des compliments plussoient autour d’eux, jusqu’à leur âge adulte. Leur père ne manque pas de vouloir tirer profit de cet exotisme et attrait quasi malsain que les enfants suscitent autour de lui, en les soumettant à de multiples castings humiliants.

La vie de Karel se noue de rencontres parfois possibles malgré les présupposés, parfois rendues difficiles, comme lors de sa relation avec une fille appartenant à la communauté gitane de l’autre
côté de la Colline. Le destin des enfants met en lumière la difficulté de pouvoir se rencontrer réellement, malgré l’amour, et parfois des biais conscients ou inconscients qui nous animent. Il met accent également sur la violence sociale et l’inaction des institutions, qui vient exacerber les difficultés au vivre et à la compréhension, jusqu’à rendre impossible une rencontre réelle avec l’autre.

Cette impossibilité est consacrée lors d’un événement qui va sceller le destin de Karel, sa rencontre avec Gabrielle. Les pratiques rituelles comme la cartomancie, le tarot, sont également
évoquées. Mais parfois, notamment concernant la relation de Mohand et son compagnon, un autre regard qui surprend d’ailleurs Karel est porté.

Pour aller plus loin : dans une perspective plus journalistique, ce n’est pas un roman mais La Fabrique du Monstre de Philippe Pujol de 2015 enquête dans un angle social sur les quartiers Nord
de Marseille. Concernant la violence sociale des pères, le roman « Qui a tué mon père ? » d’Édouard Louis peut également être évoqué.