Rien ne t’appartient

Rien ne t’appartient
Auteur: Natacha APPANAH
Publication: 2021
Pays: France Sri Lanka
Editeur: Gallimard
Langue: Français
Compte rendu de l'oeuvre:

Rien ne t’appartient

Fiche récapitulative

-          Public : à partir du lycée

-          Pays concerné : France, années 2020 et pays non nommé (inspiré du Sri Lanka), années 1990-2000

-          Thématiques : deuil, souvenirs, enfance, condition des femmes, famille

L'auteur

Nathacha Appanah est né à l’île Maurice en 1973. Elle y travaille d’abord comme journaliste, puis poursuit sa carrière en France dans la presse écrite et à la radio. Elle écrit son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or en 2003 et Rien ne t’appartient est son onzième livre. Elle a obtenu de nombreux prix, dont, pour Tropique de la violence, publié en 2016, le prix Femina des lycéens, le prix des lycéens et le prix du roman métis des lycéens. Elle aborde dans ses romans les thématiques du déracinement et de l’exil, de l’enfance et de la transmission.

 

Résumé

Dans Rien ne t’appartient, Nathacha Appanah introduit Tara, une jeune femme qui, depuis la mort de son mari, semble avoir perdu la tête. Elle a cessé de s’alimenter, de se laver et de ranger son appartement et a d’étranges visions. Son beau-fils, Eli, s’inquiète pour elle et, en lui rendant visite, essaie de la convaincre de se rendre à l’hôpital. Mais c’est le passé de Tara qui refait surface au fil de la deuxième partie du roman. La voix change et on replonge dans l’enfance de la jeune femme – qui s’appelait alors Vijaya – dans son pays natal, jusqu’à l’évènement qui provoque son arrivée en France.

 

Approche du pluralisme culturel et religieux 

Ce récit s’inscrit dans une réflexion sur le pluralisme culturel et religieux à divers égards. Tout d’abord parce qu’il est situé dans un pays, le pays d’origine de la jeune femme, où se côtoient plusieurs cultures, langues et cultes. À plusieurs reprises, la narratrice Vijaya évoque le fait que les adultes autour d’elle « parlent toutes les langues dans la même phrase »  et insiste sur la multiplicité des croyances et des cultes. Ce pluralisme apparaît toutefois menacé à plusieurs reprises, de manière de plus en plus violente, au fur et à mesure du récit. Nathacha Appanah indique s’être librement inspirée du Sri Lanka, pays qu’elle a visité et dans lequel elle dit avoir observé « un exemple de ce que pouvait être un ‘vivre ensemble’ ».

Mais le pluralisme dans le récit touche principalement à l’intime et à l’identité. C’est la difficulté à faire coexister la pluralité des identités qui est ici particulièrement mise en avant par la structure narrative (deux parties pour deux identités différentes), mais également par le choix de Tara d’effacer son passé afin de se réinventer une vie auprès de son mari, Emmanuel. La mort de ce dernier, cependant, enclenche un processus de réapparition des souvenirs et de la douleur qui témoigne de l’échec du refoulement de cette première identité. On retrouve alors, dans la deuxième partie du roman, l’explication des éléments que l’on découvre par bribes dans la première partie : un garçon aimé, la danse et le chant, son premier prénom… C’est enfin la question de la dépossession et de l’appartenance qui est mise en exergue dans le livre : Vijaya jeune fille découvre en effet que « rien ne lui appartient » et se rend compte au fur et à mesure de ce que cela signifie : « ces mots englobent la robe que je porte, ma peau, mon corps, mes pensées, ma sueur, mon passé, mon présent, mon avenir, mes rêves et mon nom ». Chaque étape douloureuse de la vie de la femme est marquée par la dépossession d’une partie de sa culture et de son identité, qui refont surface après la mort de son mari.

 

Pour aller plus loin

Si l’écriture de Nathacha Appanah, les récits à plusieurs voix, les parcours de vie depuis l’enfance et les questionnements identitaires, vous apprécierez sûrement également son roman Tropique de la violence, paru en 2016.

Par Louise Sineux