L’HISTOIRE ET LA SYMBOLIQUE DU DRAPEAU ISRAÉLIEN
Le drapeau israélien est l’un des symboles les plus emblématiques de l’État d’Israël. Il incarne à la fois l’identité nationale du peuple juif et son lien spirituel et historique avec la Terre d’Israël. Adopté officiellement peu après la création de l’état d’Israël en 1948, il est devenu un des emblèmes les plus reconnaissables dans le monde. S’il se distingue par sa sobriété, un fond blanc orné de deux bandes horizontales et une étoile de David bleues, il cache en réalité une symbolique forte enracinée dans l’histoire juive, les traditions religieuses et le sionisme moderne.
Origines et adoptions
L’historien Mordechai Eli’av a répertorié cinq lieux différents de la création du futur drapeau israélien dont Rishon LeZion, Ness Ziona, Boston, Londres et la Russie [1]. À la fin du XIXe siècle, le bleu et le blanc deviennent progressivement les couleurs « nationales » du mouvement sioniste. Le choix de ces couleurs et de la composition du drapeau renvoie directement à l’histoire religieuse juive. Plusieurs traditions tentent d’expliquer l’utilisation du bleu et du blanc, certaines lient le bleu à une teinte appelée tekhelet, mentionnée à plusieurs reprises dans la Bible, pour d’autres ces couleurs sont rattachées au royaume de Judah. Les bandes sont inspirées par le tallit, le châle de prière juif traditionnel. L’étoile de David (Magen David en hébreu), qui occupe le centre du drapeau, est un symbole ancien de la communauté juive. Ses origines précises sont difficiles à déterminer. On trouve sa trace sur plusieurs sites archéologiques antiques et au Moyen-âge, l’étoile de David est considérée comme un emblème protecteur utilisé dans des contextes religieux et culturels juifs à travers l’Europe et le Moyen-Orient.
Des drapeaux assez similaires à celui d’aujourd’hui apparaissant dans les années 1890 avec l’arrivée des migrants originaires de l’empire russe de la première Aliyah [2].Une première version, composée de deux bandes et de l’étoile de David bleues est arborée en 1885 lors d’un défilé célébrant le troisième anniversaire de la communauté agricole de Rishon LeZion, fondée en 1882 à quelques kilomètres de Tel-Aviv, avec le soutien du Baron de Rothschild [3]. Une deuxième, qui ne conserve que deux bandes mais y ajoute le texte « Ness Ziona » (une bannière pour Sion) est agitée en 1891 par Michael Halperin, originaire de Lituanie, dans le village agricole de Ness Tsiona (village de Wadi Hunayn ou Wadi al-Haneen) à une quinzaine de kilomètres de Tel-Aviv.
(c) Square et statue de Michael Halperin à Ness Ziona (Israël).
Enfin une troisième version dite « Flag of Judah » (drapeau de Judah) conçue par les frères Askowith est arborée en 1891 à l’extérieur d’une organisation juive de Boston dans le Massachusetts, la B’nai Zion Educational Society. Le drapeau est alors composé de deux bandes et de l’étoile de David auxquelles sont ajoutées le mot « Macchabées » en hébreu au centre, en mémoire de la résistance des Macchabées à la politique d’hellénisation des Séleucides au IIe siècle avant Jésus Christ [4].
1891 et 1892, deux versions du drapeau du B’nai Zion Educationnal Society
En 1896, dans Der Judenstaat [5], Théodor Herzl propose pour le futur État juif un drapeau blanc composé d’une étoile de David et de sept étoiles dorées mais sa proposition n’est pas retenue par les participants au premier congrès sioniste de Bâle l’année suivante. En 1898, lors du second congrès, le drapeau inspiré de celui de Boston, sans les mots hébreux, est arboré sur le fronton du Casino de Bâle où se tient à nouveau le rassemblement. Il est même déployé lors de l’Exposition universelle de 1904 à Saint-Louis. Cette version finit par s’imposer même si des variantes ont été employées par le mouvement sioniste lors de certains congrès et durant la période du mandat britannique sur la Palestine.

Drapeau pour l’État des Juifs, dessin extrait du journal de Theodore Hertzl /Ébauches du drapeau sioniste par Bodenheimer et Hertzl
Carte postale du Congrès sioniste de Bâle, 1898 / Exposition universelle de Saint-Louis, 1904 Library of Congress, (Washington, USA)
Après la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël en mai 1948, le conseil d’État provisoire reçoit plus de 160 propositions pour le drapeau de la jeune nation, mais choisit finalement de conserver le drapeau sioniste comme emblème officiel. Il est adopté en octobre 1948 et symbolise la continuité entre le rêve sioniste et sa réalisation concrète à travers la fondation d’un État juif souverain.
Drapeau actuel de l’État d’Israël
Pour en savoir plus sur le projet « Mille et un visages de Jérusalem », consultez notre page dédiée.
Une symbolique forte mais controversée
Au-delà des frontières d’Israël, le drapeau israélien joue un rôle important au sein de la diaspora juive. Il est fréquemment arboré lors de rassemblements communautaires, de manifestations de soutien à Israël, ou encore lors des célébrations de la fête de l’indépendance (Yom HaAtzmaout), du jour du Souvenir (Yom Hazikaron) ou du jour de la mémoire de la Shoah (Yom HaShoah). Pour de nombreux Juifs vivant en dehors d’Israël, le drapeau représente à la fois un lien affectif avec l’État hébreu et une affirmation identitaire face à l’antisémitisme.
Malgré son importance pour de nombreux Juifs en Israël et dans le monde, le drapeau israélien n’est pas dénué de controverses. Il est perçu par certains citoyens non juifs d’Israël, en particulier les Arabes israéliens, comme un symbole qui exclut leur propre identité nationale et culturelle [6]. Cette perception est alimentée par le fait que le drapeau met exclusivement en avant des symboles juifs, sans référence aux autres populations vivant en Israël. Pour certains, il incarne une vision exclusivement juive de l’État et exclut les autres minorités. Ce débat alimente une réflexion sur la tension entre Israël en tant qu’« État juif » et sa volonté de rester une démocratie. De plus, dans les territoires palestiniens, le drapeau israélien est souvent vu comme un symbole d’occupation, d’impérialisme et de conflit. Il est régulièrement brûlé lors de manifestations en Palestine ou ailleurs dans le monde, tout comme le drapeau palestinien l’est parfois en Israël, illustrant la conflictualité des symboles nationaux dans un conflit non résolu.
Le drapeau israélien est donc l’un des symboles les plus puissants de l’identité nationale juive et de l’État moderne d’Israël. Il synthétise des éléments spirituels, historiques et politiques en une représentation visuelle forte. En tant que tel, il est à la fois un objet de fierté, un vecteur de mémoire et parfois une source de controverse. Il met en exergue les tensions et les espoirs qui traversent la société israélienne et la diaspora juive dans leur rapport à l’histoire, à la religion, à la modernité et à la démocratie mais questionne tout autant l’avenir et l’intégration des minorités.
Notes :
[1] Eli’av Mordechai, “leKorotav shel haDegel haTzioni” (On the History of the Zionist Flag), Kivunim, Ktav Et leYahadut uleTziyonut, June 1979, pp. 49–59.
[2] Première vague d’immigration de Juifs en Palestine (1881-1903).
[3] LAURENS Henry, La Question de Palestine, Tome premier, 1799-1922, L’invention de la Terre Sainte, Fayard, Paris, 1999.
[4] SARNA Jonathan D., American Jews and the Flag of Israel, Brandeis University, Waltham, 2017.
[5] HERZL Theodor, Der Judenstaat, Breitenstein‘s, Leipzig und Wien, 1896.
[6] The National Committee for the Heads of the Arab Local Authorities in Israel, The Future Vision of the Palestinian Arabs in Israel, 2006,








Source Pharos